Archives de catégorie : Points de vue

Le 50° anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie censuré à Samatan, dans le Gers.

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Regardes bien ce gosse.
C’est un petit mendiant algérien, riant, aux bras maigres, aux pieds nus. Photographié (par mon père), en 1952, quelque part à Alger, dans cette Algérie coloniale où ce môme n’avait pas d’avenir car pas la bonne couleur de peau.
Un sous-homme dans son propre pays, un indigène…

Regardes ces gamines.
C’est joli, c’est couleur locale, avec leurs voiles et leurs hardes, et ces seaux d’eau qu’elles doivent charrier, toujours pieds nus. Elles sourient, mais pour combien de temps encore ?

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La guerre d’Algérie,
qui commence le 1er novembre 1954,
a été dégueulasse.

Il y a eu des atrocités de part et d’autre, les massacres de civils européens, la torture généralisée, les attentats aveugles du FLN, les crimes des Harkis, le napalm sur les villages, les assassinats entre FLN et MNA,  les meurtres gratuits de l’OAS, les enlèvements, les appelés français tombés dans les djebels, des jeunesses gâchées, l’exode des pieds noirs, le massacre des Harkis…
Le peuple algérien a eu entre 300 000 à 400 000 victimes (Guy Pervillé)
Les pertes françaises : 27 500 militaires tués et un millier de disparus.
Pour les civils français d’Algérie, le nombre est de 2 788 tués et 875 disparus jusqu’au cessez-le-feu du 19 mars 1962. Il faut y ajouter 2 273 disparus entre le cessez-le-feu ­ et le 31 décembre 1962, dont plus de la moitié sont officiellement décédés.

 La fin de cette guerre mérite d’être fêtée.

Algérie 50 ANS affichette web

Et maintenant lis leur prose à tous ces nostalgiques de l’Algérie française. Ils viennent d’obtenir des maires de Samatan et de Lombez, dans le Gers, l’interdiction d’une rencontre festive pour saluer le cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie. Elle était organisée par plusieurs associations. Ces courriers sont adressés à Alain Lopez, un des organisateurs:

Madame, Monsieur,
Je découvre avec consternation l’affiche concernant votre projet de « Fête du cinquantenaire de la fin de la guerre d’Algérie ». Pourriez-vous m’expliquer ce qu’il y a de « festif » à célébrer dans les drames qui ont jalonné l’année 1962 ?
Je me permets de vous rappeler, ou de vous apprendre, qu’après le 19 mars 1962 ce sont 100 à 150 000 Harkis, fidèles à la France, qui ont été massacrés dans des conditions épouvantables (avec leurs familles), plus de 10 000 Pieds-Noirs qui ont été égorgés ou enlevés, 530 soldats du contingent qui ont disparu. 1962, c’est aussi l’exode dramatique d’un million de Français
d’Algérie.
Pensez-vous que ces événements doivent donner lieu à des festivités avec en prime un couscous… histoire de faire couleur locale… et de tomber dans des clichés aussi péjoratifs que dégradants ? C’est d’une rare indécence.
La communauté rapatriée commémorera en 2012 ses morts et son douloureux exil. Pensez-vous que votre « fête », dans un département qui accueillit tant de vos compatriotes d’Algérie, ne sera pas vécue comme un outrage et une injure ?
L’obscure association 4ACG que vous accueillez a une vision bien particulière de cette douloureuse période. Je vous suggère la lecture de son site internet sur lequel elle fait par exemple l’apologie du « Manifeste des 121″… 121 intellectuels français qui appelaient à soutenir les combattants algériens… contre les soldats français ! Parmi ces intellectuels, un certain JP Sartre qui écrivait « abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer
en même temps un oppresseur et un opprimé », lançant ainsi un véritable appel au meurtre des Français d’Algérie.
Association 4ACG qui salue également le « courage » du réseau Janson ou « porteurs de valises »… ces Français qui procuraient des fonds à la rébellion algérienne, fonds qui servaient à acheter des armes… pour tuer des soldats et des civils français !
Tous ces drames méritent donc des festivités ? Qui plus est avec ceux qui honorent les assassins de leurs propres soldats et compatriotes ?
Je transmets votre initiative à l’ensemble des associations de rapatriés en vue d’un éventuel rassemblement de protestation.
J’alerte également la Mission Interministérielle aux Rapatriés.
J’envisage également se saisir la préfecture car votre initiative risque de provoquer une réaction indignée de la communauté rapatriée, avec les risques de trouble à l’ordre public que cela suppose.

Je ne donne pas le nom du signataire…

 Monsieur, J’accuse réception de votre courriel.
Permettez-moi de vous dire que votre prose humaniste de façade est totalement vide de sens. Vous ne répondez pas aux questions essentielles.
Estimez-vous que le cinquantenaire de 1962 doive donner lieu à une « fête » ? Que faites-vous des Harkis qui sont considérés par vos amis du FLN (je crois savoir que
vous vous rendez chaque année en République algérienne, l’une des dernières dictatures
de la planète) comme des traîtres ? Comment osez-vous inviter l’association 4ACG qui érige en héros les assassins de vos propres compatriotes ? Etc etc
Vous avez réussi un tour de force, celui d’apparaître aux yeux de la communauté rapatriée comme l’archétype du « falso ». La totalité des associations de PN se mobilise contre votre indécent projet. Nous saisissons également le préfet du Gers concernant les risques de troubles à l’ordre public que votre initiative suppose puisque les associations de rapatriés envisagent un grand rassemblement symbolique à Samatan le 25 février prochain pour protester contre votre méprisable projet. Concernant le maire de Samatan, et au regard de votre réputation dans le canton, nous n’avons guère d’inquiétudes. Les dizaines de milliers d’adhérents de nos associations connaissent aujourd’hui votre nom. Mais sans doute pas comme vous l’auriez souhaité… Monsieur, vous êtes peut-être Pied-Rouge ou Pied-Vert, mais certainement pas Pied-Noir ! Nous ne vous laisserons pas insulter impunément les Français d’Algérie.

Je ne donne pas le nom du signataire… C’est le même.

 

Alain Lopez relit les lettres d’insulte reçues ces derniers jours. « Ta place n’est pas sur terre mais en enfer », « pauvre type », « sous-merde », « collabo » ; « je te pisse à la raie », « félon », « traître », « lopette », « communiste », « illuminé »… 

La projection du film « El gusto » est maintenue
pour le 25 février à Samatan.

Nous y serons, j’espère, très nombreux.

Caillou, le 12 février 2012

Rue 89

La Dépêche

El Watan

Agora

Le 25 février

J’avais alerté il y a quelques jours sur une censure de la liberté d’expression, par la mairie de Samatan, qui interdisait  une salle municipale sous la pression et les menaces de trouble à l’ordre public d’une poignée de nostalgiques de l’Algérie française. Nous voulions y fêter le cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie. Heureusement le cinéma nous restait disponible pour projeter un film: El Gusto et avoir un débat grâce à l’association qui le gère.
Beaucoup de monde, une salle remplie, un film superbe, des témoignages émouvants, un débat riche sur la guerre d’Algérie et le travail de mémoire… Hier soir, à Samatan, nous avons donné une grande claque à la face de la haine et de l’intolérance.

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Caillou, le 26 février 2012

Halte aux subventions !

À la suite d’une discussion, je récapitule mes arguments contre la demande de subvention de la part des associations vraiment militantes.

1° La loi fixe un cadre pour beaucoup d’interventions de l’État sur nos vies. Que de soit le permis de conduire ou les impôts on est dans la loi ou hors la loi, en dessous ou au-dessus d’un taux d’imposition, admissible ou non à une allocation familiale ou de logement…. Et personne n’est sensée ignorer cette frontière entre ce qui est autorisé et ce qui est interdit, refusé ou accepté. C’est un principe du vivre ensemble. Or une subvention à une institution est allouée ou refusée en fonction des choix de cette seule institution. Il y a bien sûr des critères d’acceptation de la demande mais on ne peut confondre les critères de la demande et les critères du choix. L’institution, la mairie, les conseils généraux, régionaux, l’Europe donnent ou refusent une subvention selon leur bon vouloir, leurs moyens, leurs réseaux, en dehors de toute loi. La subvention est hors-la-loi.

2° L’octroi d’une subvention dépend de la personnalité de qui la demande, de sa visibilité, de son orientation politique, en rapport avec l’institution à qui elle est demandée. Si on demande une subvention à Israël pour entraîner au maniement du lance-pierre les jeunes Palestiniens des territoires occupés cette demande sera bien évidemment rejetée. L’exemple est énorme, mais toute demande de subvention porte en creux, en non-dit, cette évidence que l’on ne demande que ce qui sera acceptable par celui à qui on la demande. On finit donc, pour obtenir cette subvention à mentir sur les buts réels de l’association qui la demande. La subvention est un mensonge, une auto censure, une acceptation du pouvoir.

3° De l’autre côté l’institution sait lire entre les lignes, prend en compte ce mensonge et n’accorde cette subvention qu’aux associations qu’elle connaît vraiment. Visibilité et soumission sont donc les conditions essentielles pour l’acceptation d’une subvention. La visibilité d’une association n’a souvent rien à voir avec la réalité de son travail. La visibilité peut être celle d’un copinage, d’un voisinage politique. Alors qu’il y a, un peu plus loin, une obscure association de jeunes qui font un travail formidable dans le socio culturel sur un quartier défavorisé qui, invisible, ne recevra aucune subvention. La subvention c’est le clientélisme, la subvention est une corruption.

4° Par ailleurs le très grand nombre d’associations loi 1901, en France, cache de très nombreuses organisations qui n’ont rien à voir avec un militantisme bénévole. Face au don de soi et de son temps, qui était normalement le but des mouvements associatifs, il y a beaucoup trop de détournements de la loi de 1901. Ce sont les associations municipales qui permettent de sous-traiter le travail à des salariés non fonctionnaires. Ce sont les associations privées d’adhérents, mais qui fonctionnent comme des entreprises pour obtenir des emplois à leurs fondateurs. Les subventions deviennent alors une aide directe à des entreprises, avec l’argent des contribuables, ce que normalement l’État impartial ne devrait pas tolérer. La subvention devient alors un dévoiement de l’association, une incitation à la paresse militante.

5° Face à ces arguments j’entends bien la réflexion de bon sens qui voudrait que l’on demande des subventions puisque les autres les demandent, les fascistes par exemple… Avec cette idée simple alors le pacifisme s’écroule : pourquoi appeler au désarmement puisque les autres ne le demandent pas ? La peine de mort revient : pourquoi abolir la guillotine si les assassins n’arrêtent pas d’assassiner. Pourquoi faire grève si tous les salariés ne la font pas ?

Voilà, c’est brutal et provocateur, mais c’est que je pense et je l’assume.

Caillou, le 3 novembre 2011

Et si tout cela finissait en journal ?

Je m’étais interdit, au départ de ce blog, d’étaler ma vie personnelle sous la forme d’un journal. Ma vie privée, mon égo, je ne me sentais pas le droit de le croire intéressant pour les autres.
Et puis, après l’échec retentissant du mouvement social de 2010 sur les retraites, je me suis interdit aussi d’appeler à des actions auxquelles je ne croyais plus moi-même.

En bref s’interdire c’est interdire quand même!

Et puis les coups durs, les vrais, les disparitions d’êtres chers, les angoisses pour d’autres, ont pris tellement de place qu’il ne m’en reste plus pour écrire (décrire) autre chose. Et d’ailleurs à quoi bon? Des petites histoires, au fond sans importance, alors que tout autour, j’ai l’impression que (mon) univers se délite.

Alors j’ai le choix entre boucler ce blog ouvert dans l’enthousiasme il y a maintenant quatre ans ou l’ouvrir à la forme journal, ce machin, avec un petit ruban, qui sert de confessional aux adolescent(e)s).

Caillou, le 16 juin 2011

 

Il faut raser la prison St.Michel à Toulouse !

Je ne signerai pas cette pétition.

Ce monument est hideux. Le castellet, faux château médiéval en briques, fait penser à du Disneyland de carton-pâte, au rocher du zoo de Vincennes, au Sacré-Cœur parisien, l’immense étron qui domine Montmartre… Quant à l’intérieur, la rotonde et les 5 branches à quoi cela pourra-il servir ? Pour tourner des films ? Pour ouvrir un musée ? Mais alors très sombre…
Toute cette architecture de la terreur ne mérite que la poubelle et certainement pas un classement « Monuments Historiques ».
Reste alors « le lieu de mémoire ». Mais pour tous ceux qui ont souffert dans cette prison, pour les résistants, pour Marcel Langer et ses camarades, il vaudrait mieux une jolie plaque sous un grand arbre que cette énorme chose sinistre et hideuse. Non, décidément non, ll faut raser la prison St. Michel et construire à la place des locaux collectifs aérés et lumineux donnant sur des parcs pour y voir s’ébattre des enfants. Ne pas céder le terrain aux promoteurs immobiliers mais ne pas obliger les habitants du quartier à vivre auprès de cette horreur.

Ceci-dit, je transfère quand même votre pétition.
Caillou le 16 septembre 2010

A renvoyer au : Comité de quartier Saint-Michel – 95 Grande rue Saint-Michel – 31400 Toulouse (cqsm@hotmail.fr)

 

Petit tour en utopie : Cravirola

Lorsque nous montons, avec Céline, vers Minerve, au fur et à mesure des lacets, la vallée de l’Aude immense, derrière nous, se découvre jusqu’aux Pyrénées. Il y a ce matin un ciel d’une grande pureté, une transparence de l’air, comme un premier jour tout neuf au sortir de cet interminable hiver. Minerve, sur un promontoire du causse, est un village du moyen âge, de toute beauté, isolé par les canyons de la Cesse et du Brian. Il est aujourd’hui, jour de semaine du mois de mars, presque désert. Un village comme les autres, mais que je me rappelle avoir traversé, il y a quelques années, envahi par les touristes, comme les criquets du Sahel.
Après avoir traversé la rivière nous grimpons sur un plateau rocailleux, en plein soleil. La route vire dans la garigue entre les petits chênes kermès et les rochers calcaires. Sur le côté gauche se déroule la magnificence des paysages grandioses. C’est une route qui ne mène nulle part, ou juste vers des hameaux, des fermes isolées.
Nous arrivons enfin au bout du plateau. Une légère descente puis nous pénétrons dans un domaine agricole. Je me gare à l’entrée, dans un parking de terre rouge. Tout autour de nous rocailles et bosquets. Plus loin un camping vide, en construction, au milieu des chênes espacés, puis le chemin, surplombant une sorte de piscine, nous mène aux bâtiments de la coopérative Cravirola. Nous prenons nos appareils photos respectifs.

Deux corps de bâtiment. À droite les chambres d’hôtes, le restaurant, la cuisine pour le gîte, et, en face, la maison des compagnons, avec leurs chambres, leur cuisine, la salle de réunion. Les compagnons ce sont les volontaires qui viennent aider l’équipe de Cravirola pour quelque mois. De l’autre côté de ce bâtiment, une grande terrasse ensoleillée. Nous sommes accueillis par V… .

Le but de notre visite ? Découvrir et faire des images d’une communauté de vie et de travail qui fonctionne et se développe. Quelques minutes plus tard il nous confie à I…, une jeune femme originaire de Normandie, qui, toute la matinée, nous guide dans les différents lieux de la coopérative.
Nous allons tout d’abord près de la falaise, une sorte de canyon spectaculaire avec, tout au fond le lit de la rivière Cesse. De l’autre côté, en contre jour, d’autres falaises, d’autres collines puis la plaine vaporeuse et la chaîne toute blanche au fond. Un lieu de bout du monde !
Puis nous nous dirigeons vers la bergerie. Je branche mon magnétophone. C’est I… qui parle.
… là il y a les petites brebis qui sortent, là nous allons faire des patates… Je vous présente Jérémie qui s’occupe des chèvres et de la bergerie…
– Comment vous décidez les choses ?
– Tous les jeudis il y a des réunions pour voir tout ce qu’il y a à faire, comment on s’organise, Et tous les lundis il y a une réunion des seuls permanents. Tout le monde donne son avis… C’est collectif.

– Et dans cette réunion du jeudi les permanents et les compagnons, les différents statuts, ont le même droit à la parole ?
– Oui, mais en tant que compagnon, comme on ne connaît pas encore tout, on ne peut pas donner son avis sur tout…
– La parole n’est pas prise en compte de la même façon ?

– Si, elle est écoutée et prise en compte mais on ne la prend que si on connaît bien le sujet. On ne peut pas juger sur tout, surtout si on est là depuis peu de temps.
Nous contournons le bâtiment par la gauche. Je vois 2 jeunes hommes qui s’affairent sur l’avant d’un bulldozer. Ils positionnent et soudent une fourche.
– Quelle est votre production ?
– C’est le fromage, avec le marché de C
annes, celui de Narbonne, d’Olonzac…. Sinon c’est l’accueil, l’été, les gîtes, le restaurant, le camping. Nous organisons un petit festival… Mais notre activité principale c’est le fromage. Tout est produit en agriculture biologique. Nous vendons aussi du bois car nous éclaircissons le maquis, et puis un peu de viande…
– Mais cela ne permet pas de faire vivre 15 personnes !
– Oh, pour le fromage, ce n’est pas un petit stand. Il y a une grande diversité de fromages. Le plus intéressant c’est le marché de Cannes.

En fait les coopérateurs de Cravirola vendaient sur ce marché quand ils vivaient  dans les Alpes, c’était leur marché. Et, maintenant qu’ils se sont installés dans le Minervois cela continue.
– Nous livrons les fromages une fois par semaine et il y a un ami qui habite là-bas qui vend sur le marché de Cannes. On y va par roulement. C’est vrai que cela tourne ! Et puis nous tenons des stands sur des festivals, par exemple celui de GaroRock. Pour la viande, même si nous en vendons parfois à des particuliers, elle est surtout transformée et servie au restaurant, pendant les périodes d’été. Ici il y a du travail pour tout le monde, tout le monde a sa tâche. Il faut juste trouver son chemin, et ce n’est pas évident.
Au-dessus des bâtiments, on voit des caravanes, les habitations des uns et des autres.
– En ce moment il n’y a que deux personnes, des permanents, (ceux qui se désignent ainsi sont les membres de la coopérative) qui vivent dans la maison. Tous les autres logent dans des caravanes ou des cabanes. C’est chacun chez soi. Mais comme le froid a été un peu violent, exceptionnellement, il y a V…  M… et les 2 petites qui sont dans la maison. Dès qu’il fera vraiment beau, ils vont réintégrer leur caravane…
Nous prenons un chemin qui monte dans les bois, longeant une sorte de cimetière de ferrailles rouillées.
– Mais c’est très grand en fait !
– Oui, et cela monte jusqu’à « Bois-Haut »
.
Nous passons devant des cochons. Ce sont des cochons noirs du Périgord. Plus loin des vaches nous regardent, dans une sorte d’enclos. Puis nous pénétrons dans la bergerie.
– Là, il y a les chèvres et les brebis, l’espace pour les vaches, avec l’endroit où l’on fait la traite… Pour les chèvres, celles qui ont des colliers rouges, c’est qu’elles ont déjà mis bas. Il n’en reste plus beaucoup à attendre.
Et cette odeur ! Odeur de foin et d’animaux… Nous ne l’aurons pas sur nos photos l’odeur !
Plus tard nous visitons la fromagerie.
B… , une des « fromagères », une des fondatrices aussi, nous explique qu’il y a 2 réunions par semaine. L’une pour les permanents, car les gens qui ne sont que de passage ne peuvent pas donner leur avis sur les investissements, les grands choix stratégiques, et l’autre, le jeudi, qui est ouverte à tout le monde, où tout le monde peut donner son grain de sel, où tout le monde est écouté, mais qui s’occupe surtout du programme de travail de la semaine, des priorités.
Concernant les questions que nous lui posons sur la rentabilité de l’entreprise, B…  dit qu’il y a beaucoup de production et qu’en étant plus nombreux la charge de travail est allégée car elle est répartie. Même si travailler avec des non-professionnels, tourner beaucoup sur les tâches n’est pas un facteur de rentabilité, au contraire.
K… , une autre permanente, précise que Cravirola n’est pas une entreprise très rentable. La rentabilité correcte est  liée à une gamme de produits très variés et des lieux de distribution où peuvent se pratiquer des prix relativement élevés. C’est du commerce équitable. Ici, un fromage bio fermier, ne peut pas être vendu le même prix qu’un camembert de discount.
Pour leur production, il y a des fromages lactiques, à pâtes molles et à pâtes dures. Le premier, le lactique, c’est par exemple celui de chèvre, le second le camembert, le troisième les pâtes pressées, celles appelées tomes. Mais comme dans chaque variété il y a plusieurs sortes de lait possibles, chèvres, vaches et brebis, on peut faire des cumuls, des mélanges, un grand nombre de fromages différents. Et c’est ce qu’ils font. De fait nous pouvons voir sur les rayonnages un grand nombre de variétés.
– Vous avez beaucoup de visiteurs ? Une structure comme la vôtre est-ce que cela suscite la curiosité?
K… : Les gens qui viennent nous voir ? Il y a quelques années c’était plutôt des marginaux et maintenant ce sont plutôt des gens qui se préoccupent d’orienter différemment leur vie, des personnes sensibles à l’écologie et aux modes de vie alternatifs dont l’idée n’est plus aussi confidentielle qu’avant
I… nous fait ensuite visiter le chantier du camping. L’équipe y installe, à la demande des pompiers une réserve d’eau, des bornes avec des robinets, des tranchées pour lutter contre l’incendie, le mettre aux normes. En contrebas, le potager, très grand, est pour l’instant encore un peu vide, avec trois rangées de poireaux et quelques betteraves…
Puis nous faisons un petit tour vers les caravanes. Nous remontons un chemin dans le bois. Elles sont posées assez loin les une des autres avec des espaces aménagés. Il y a en une dizaine. Certaines sont plus grandes, d’autre toutes petites. En haut une cabane construite derrière une ancienne camionnette Citroën G7. Cette inventivité dans la construction d’une cabane me fait penser au village alternatif du Bourdigou. (*)
Dans la maison, nous visitons les chambres d’hôtes et la partie habitation des compagnons. De quoi loger 8 à 10 personnes, avec une cuisine aménagée, salle de bains et WC.
En fin de matinée nous prenons un thé sur la grande table au soleil. Nous discutons avec B… J’en retiens une grande phrase. Elle dit qu’ils s’engueulent très souvent sur les applications du principe mais pas sur le principe lui-même et que c’est très sain de s’engueuler.
Je demande : Comment sont intégrés les gens qui arrivent ? Ils sont reçus? Refusés? Est-ce que vous croulez sous les arrivants? J’évoque ce qui se passait dans les communautés des années 70 qui croulaient l’été sous les arrivées massives des gens de passage…
I… : Pour le compagnonnage, il y a déjà moins de demandes que pour les chantiers. Les chantiers c’est une première approche et les gens qui passent voient s’ils ont ensuite envie d’aller plus loin. Et puis il y a aussi le choix des permanents… Il faut trouver sa place.
– Il y a des sas d’entrée ?
– Oui, on peut faire une demande de compagnonnage et être refusé. D’autant qu’il y a toujours un temps entre un chantier et un compagnonnage. Pour se retrouver un peu… Parce que vivre tout le temps dans le passage, cela peut être pesant. On peut s’y perdre.
– C’est énorme un chantier tous les mois !
– Oui c’est lourd. Mais Cravirola a beaucoup d’expériences dans ce type d’accueil bénévole…
K… précise:  Depuis un moment déjà et devant le nombre croissant de visiteurs candidats à nous rejoindre, nous avons dû poser des cadres, des cases obligatoires par lesquels il faut passer pour s’intégrer au groupe. Ce sont les chantiers solidaires (15 jours passés sur la ferme à nous aider) puis le compagnonnage, de trois mois, si volonté réciproque, puis renouvellement du compagnonnage, jusqu’à intégration dans la coopérative. Cela c’est la théorie, en pratique, les étapes sont parfois sautées, ou au contraire des gens intégrés finissent par partir au bout d’un an ou deux parce que finalement cela ne leur convient pas. C’est très difficile de vivre en collectif et le niveau d’investissement personnel pour un projet aussi ambitieux que le nôtre correspond réellement à très peu de personnes.
Cravirola, la coopérative Cravirola, c’est un groupe de gens, le groupe des permanents, une structure informelle, pour laquelle il n’existe pas dans la législation française de chose correspondante. Le kibboutz en Israël serait ce qui s’en rapprocherait le plus peut-être. Elle s’appuie sur des structures juridiques existantes : une SARL SVOP pour toutes les activités agricoles et commerciales, une association loi 1901 pour les activités culturelles, d’environnement et bénévoles. Pour la propriété, la SAS « Terre Commune », c’est autre chose, c’est la structure propriétaire du lieu, et de deux autres fermes, notre ancienne ferme dans les Alpes, et celle, en Ardèche, également gérée par un collectif autogéré. Les trois groupes qui gèrent les trois fermes sont locataires de Terres Communes. Mais comme tout propriétaire, Terres Communes n’a pas droit de regard sur ce que font ses locataires, sinon qu’ils respectent une charte, être organisé en collectif autogéré, faire de l’agriculture paysanne une de leur activité principale, ne pas être sectaire.
Et puis K… conclut :
Les éléments très importants dans Cravirola sont
– La mise en commun totale de l’argent. Personne n’a d’argent privé. Toutes les recettes sont partagées sans forme de répartition ni de contrôle parmi les permanents.
– L’autogestion. Nous n’avons pas de chef désigné. Même si certains ont bien sûr des niveaux de responsabilités différents, des personnalités plus ou moins autoritaires et que cela est un combat quotidien.
– La libre association, le fait de vivre et de travailler avec des gens que l’on a choisis.
– Et bien sûr « Terres Communes », une forme d’a-propriété, la terre n’appartient à personne, sinon à une belle idée.

À midi nous mangeons avec toute une partie de l’équipe. Il y a de la tarte aux poireaux, une très belle omelette. D’autres arrivent plus tard, ce sont plutôt des hommes qui travaillaient, je crois, à la préparation du terrain pour les patates et pour décharger un camion de matériaux pour le chantier. Il fait très beau et la terrasse, orientée vers le Sud, est toute chaude. Je sens, entre eux, beaucoup de complicité, de silences tranquilles. Est-ce notre présence qui les retient ? Mais j’ai plutôt l’impression que c’est le mode naturel entre eux, sans éclats de voix, calmement, tranquillement, manger ensemble au soleil…
Quand nous repartons, quand on roule vers la plaine, j’ai la sensation d’avoir vécu un moment rare. Une utopie en marche… Vivre et travailler ensemble, sans être propriétaire du sol, en se partageant les bénéfices, en construisant quelque chose de durable et de sain, tout en étant rentable… Est-ce réalisable partout et dans la durée ? Est-ce transposable ? Je ne connais pas toutes leurs difficultés, mais il me semble qu’en tout cas c’est une expérience formidable qui se construit là, dans le causse de Minerve.

Pour en savoir plus sur ce projet on peut aller visiter le site web : http://www.cravirola.com/
Sur l’histoire du Bourdigou, on peut lire :
http://www.languedoc-roussillon.culture.gouv.fr

Mais sur la lutte des dernières années du village du Bourdigou je ne trouve rien sur le net.
Il faut se procurer le livre « Bourdigou : Massacre d’un village populaire -Vinça : Chiendent, 1979. – 196 p. ISBN 2-85-999-004-6. » qui, je pense, est épuisé depuis longtemps.

Caillou, le 8 avril 2010

Un petit métier qui se meurt… Plus de 170 000 salarié(e)s

Elles sont à l’entrée du magasin, à l’affût des clients qui entrent, poussant devant eux leurs caddies vides. Petit gilet bleu ciel avec le slogan et le logo du magasin. L’une d’elle s’approche.

scanette

– Bonjour monsieur
– Bonjour
– Vous connaissez le principe du scan’lib ?
– Non
– C’est un système qui est offert aux gens qui ont la carte de fidélité ou la carte de crédit du magasin. Donc vous prenez la scanette avec votre carte, vous faites vos courses, vous bipez, et l’avantage c’est que vous pouvez passer à n’importe quelle caisse Carrefour, régler avec le mode de paiement de votre choix, et ne plus déballer le chariot. Vous réglez directement le montant de la scanette. Voilà, ça c’est le gros avantage. . .

Elle m’invite à m’approcher du stand:
– On vous active le système en trois secondes et deux minutes. . .

– Et que vont devenir les caissières ?
– Ce n’est pas une question à laquelle je vous réponds. De toute façon c’est un service où on a besoin des caissières, étant donné qu’on règle à la caissière, qu’on lui présente les articles avec les antivols, les tickets de caisse, les articles non lus, donc on a encore besoin d’elles avec la scanette.
– Je ne crois pas non !
– Voilà. Vous êtes libre de croire ce que vous voulez, monsieur.
– Bon, merci, au revoir.

Je fais mes achats puis je passe à la caisse. C’est une ancienne collègue. Tandis qu’elle passe mes articles et que je remplis mes sacs on discute:

– Comment vas-tu ?
– Oh ici, tu sais…
– Oh bientôt tu n’auras plus de travail
– Oui. Ce matin je suis passée par là mais il y avait la queue au scan’lib ! Et les filles à côté n’avaient personne. Tu hallucines ! Moi, ça me tue ! Et tu verrais ce qu’ils nous volent !
– Ah bien, ça ! Qu’ils y aillent ! (Rires) Mais, ça c’est génial ! Si tous les voleurs pouvaient s’y mettre…
– Et tout le monde est d’accord ! Aussi, quand ils passent à la caisse j’en ai rien à faire de ce qu’ils ont dans le caddy ! Il n’y a pas une catégorie de clients favorisée par rapport aux autres. Moi, tout le monde passe. Tu as bonne mine de demander à un client d’ouvrir son sac alors que celui d’avant est passé sans même déballer ses achats.
– Bientôt ceux qui passeront en caisse seront ceux en qui ils n’ont pas confiance ! Il ne restera plus que 2 caisses ! (Rires)

La caissière salue les clients âgés qui passent à la caisse suivante…

– Et puis même, la machine, en dehors de l’aspect destructeur d’emploi, mais les gens sont contents de parler avec une machine ? Au lieu d’avoir quelqu’un en face à qui sourire ? Cela devient dément !
– Il y a un client qui m’a dit que cela lui permettait de contrôler ses dépenses. Moi je lui ai répondu: comment vous faites pour le reste, quand vous allez ailleurs, quand il n’y a pas de machines, vous faites comment ? Vous avez besoin d’un garde-fou en permanence dans votre vie d’adulte ? Le mec il me regardait il se disait avec celle la j’aurais mieux fait de me taire.
– Parce que quand ils font leurs courses ils sont contents parce qu’ils voient le montant s’afficher sur la scanette au fur et à mesure. . .
– Exactement ! Il leur en faut peu ! Vous avez besoin d’une machine pour gérer votre budget? En plus il me dit que cela ne va pas toucher l’emploi ! Parce que vous croyez tout ce qu’on vous dit vous ? Déjà les 20 caisses qui ont disparu aux meubles ! Toutes les caisses qui ont été replacées par les îlots (de passage automatique) Là ils ont viré des caisses ! Les jeunes qui étaient à l’école interne (en contrat de qualification) ils n’en gardent pas un seul! Ils auraient pu les embaucher s’il y avait eu toujours ces caisses !

– Et puis c’est les mêmes clients qui vont ensuite regarder ce qui se passe à Dunkerque en gémissant sur les pauvres licenciés!
– Ce type il me dit: Mais vous êtes contre ! Je lui dis: vous êtes en train de scier la branche sur laquelle je suis assise !Vous n’y pensez pas à, ça ?
– Bon, allez, bon courage, pour le peu qui te reste à faire. . . (Rires)
– Allez tchao !

Caillou, 11 mars 2010

On peut lire sur ce sujet le texte de la CGT de Carrefour Meylan:
http://cgtcarrefourmeylan.over-blog.com/article-31466331.html

 

Les retraites… Et la productivité du travail?

En 20 ans la productivité du travail a été multiplié par quatre!

À les entendre, de gauche ou de droite, nos élites nous disent qu’avec le vieillissement démographique, il n’y a que trois paramètres pour financer les retraites:
– baisser les allocations
– augmenter les cotisations
– augmenter la durée du travail.

Moi je suis bouché en économie, je le reconnais. (Si je m’écoutais je dirai qu’il suffit de pendre les banquiers avec les tripes des patrons pour que l’économie soit enfin libre, mais je me dis que c’est un peu brutal, que cela doit être plus compliqué!)

LEUR économie, celle qu’ILS nous imposent depuis des siècles de domination, je n’y comprends rien. Mais de là à croire leurs balivernes quand ils veulent convaincre les dominés de la justesse de leurs analyses, de ces trois paramètres incontournables, il y a un pas…

Car il y a un quatrième paramètre: la productivité du travail!

Pourquoi les extraordinaires progrès techniques, l’informatique, les machines, ne sont pas pris en compte dans le calcul global des retraites? Les bénéfices de ces progrès techniques ne vont que dans les poches des capitalistes! travailler plus pour qu’ils gagnent plus! Et ils viennent ensuite nous expliquer qu’il n’y a pas d’autres solutions que d’augmenter la durée du travail? Tout en sachant qu’en moyenne les travailleurs se font jeter 5, 6 10 ans avant l’âge légal de départ à la retraite ce qui entraîne une baisse générale des allocations de retraites!

J’attends vos réponses?

Caillou, le 17 février 2010

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Petit historique de la productivité
27/09/2009

La productivité a considérablement augmenté au cours de l’histoire. Ainsi, il faut aujourd’hui 52 fois moins de temps pour produire une tonne de blé qu’en 1800, notamment du fait de l’utilisation d’outillages de plus en plus performants. Plus récemment, entre 2000 à 2007, Chrysler a réduit de près de 14 heures le temps moyen d’assemblage d’un véhicule, pour atteindre 30 heures. Le constructeur automobile américain était avant la crise le plus productif aux Etats-Unis, à égalité avec Toyota.
Ces gains de productivité, constituent une source de croissance économique considérable. Pourtant, le progrès technique n’a pas toujours été bien perçu au cours de l’histoire. On a longtemps pensé qu’il nuisait à l’emploi. En effet, une augmentation de la productivité du travail offre deux options. La première consiste à produire davantage avec la même quantité de main d’œuvre ce qui est clairement positif. La seconde en revanche, conserve le même niveau de production mais en réduisant le nombre de travailleurs, synonyme de destructions d’emplois. Au XIXe siècle ce constat a donné lieu à de violents mouvements de protestation (le luddisme, par exemple), les travailleurs allant jusqu’à détruire les machines.
A l’échelle d’un pays, le progrès technique, facteur indiscutable de croissance économique bénéficie largement à l’emploi. Cependant, certains ajustements sectoriels génèrent souvent des difficultés sociales importantes. Ainsi, au cours de la révolution industrielle, l’exode rural des paysans chassés des campagnes par les gains de productivité dans l’agriculture ne s’est pas fait sans heurts, les nouveaux arrivants dans les villes s’entassant pour la majorité dans des habitats insalubres en périphérie des grandes villes.
La productivité évolue plus ou moins vite d’un pays à l’autre, en fonction du contexte économique. En France, les gains de productivité ont été relativement faibles entre les deux Guerres mondiales. Après 1945 et jusqu’au début des années 70, ils ont connu une croissance fulgurante de 5,5% par an. Depuis, le rythme de progression est inférieur à 2%.
La productivité du travail en France est ainsi supérieure à celles du Royaume-Uni, de l’Espagne, des États-Unis, du Japon et même de l’Allemagne. Elle se situe au-dessus de celles de l’ensemble des pays de l’OCDE(1) , à l’exception de la Norvège.
Productivité horaire dans les pays de l’OCDE     Productivité horaire    Rang mondial
Norvège                                                            117,3           1
France                                                               107,8           6
Allemagne                                                         101,5           6
États-Unis                                                          100              7
Royaume-Uni                                                     81,7             15
Japon                                                                 73,1             17
Espagne                                                             61,1             20
(Indice base 100)
Source : Banque de France, 2003.
Lecture : Si en moyenne, en une heure, un travailleur américain crée une richesse de 100$, un français en produit 107,8.
(1) Organisation de Coopération et de Développement Économique.

Jeanne de guerre lasse

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J’ai vécu un très beau moment hier soir, quelque chose comme un meeting des années 70 avec les rides et les cheveux blancs en plus, la salle du Sénéchal pleine à craquer, les gens debout, assis sur les marches, et ce silence contenu, ému…

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Nous étions réunis pour un hommage à Daniel Bensaïd qui vient de disparaître. Et tous ces ami-e-s  étaient venus parler de ces années de jeunesse toulousaine, du lycée, des prises de conscience militante, de la guerre du Vietnam, de mai 68, de l’Amérique latine… de ses convictions internationalistes…DANIEL BENSAID, INTELLECTUEL FRANCAIS, UN DES PRINCIPAUX PENSEURS DE LA LCR (LUTTE COMMUNISTE REVOLUTIONNAIRE) AUX COTES D'OLIVIER BESANCENOT.
Moi, j’en suis bien loin de ces trotskistes à drapeaux, aux conviction d’avant garde, aux fortes pratiques de manipulation… mais Daniel, oui, je l’aimais bien!
Et pas pour ces livres politiques qui me tombaient des mains (décidément je suis nul!) mais pour un livre délirant que je considère comme un chef d’œuvre: Jeanne de guerre lasse.

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Pas envie de le résumer, d’en placer un extrait… mais ce livre, monument d’érudition historique, est aussi plein de tendresse pour une Jeanne d’Arc totalement inconnue, à qui Daniel donne une voix et un visage bien différent de ce que toute la réaction catholique et nationaliste a construit depuis des siècles.
Alors pour ce livre qui m’a marqué et pour ton grand sourire quand je t’en avais parlé, merci à toi et salut Daniel, avec tes idées, nous vaincrons!

Caillou, le 28 janvier 2010

Ici ce que ces camarades disent de Daniel Bensaid:
http://www.npa2009.org/node/15530

Plutôt l’émeute que les meutes !

Je rencontre une amie dans l’avenue, vers le centre. Elle sortait du métro, moi je marche très vite. Il fait froid et elle s’est emmitouflé la tête dans un foulard épais, comme un chèche coloré. Elle a le nez tout rouge et veut rentrer chez elle pour se mettre au chaud. Au plus vite. Mais, tout de même, avec cette irrépressible envie de discuter qui nous fait, dès fois, narguer les éléments, risquer notre confort, elle me raconte qu’elle revient d’une conférence et brusquement m’annonce qu’il n’y a plus de valeurs universelles !

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La connaissant chrétienne, je m’interroge. Comment peut-on si rapidement être inquiétée dans ses convictions les plus profondes par un conférencier, aussi talentueux soit-il ? Peut-être est-ce le froid qui lui a ramolli la cervelle, ou l’âge ? Ayant moi-même beaucoup d’heures de vol au compteur, et me découvrant de plus en plus frileux sur ce large trottoir, je m’inquiète, et pour elle et pour moi. Mais qui t’a annoncé cette mauvaise nouvelle ? Oh ! C’est Edouard Glissant !

Derrière elle, sur l’avenue, au milieu des voitures apparaissent des hommes enturbannés, barbus. Plusieurs dizaines arrivent et de toutes les rues. Sans banderoles mais avec le doigt (c’est bien l’index !) montrant le ciel couvert. Ils exigent que les filles n’aillent plus à l’école ! Ils se frappent la poitrine, ils ont l’air en colère. La femme est un danger pour notre religion ! Elles doivent être enfermées dans le sein des maisons !

Je demande à l’amie si elle en est d’accord ?
Bien sûr que non dit-elle mais cette éducation des filles, cette libération des femmes, ce respect d’une totale égalité des droits entre les êtres humains est une invention occidentale. Et l’Occident n’a pas de leçons à donner.

Un gouffre s’est ouvert. Toutes les automobiles au milieu de l’avenue tout à coup arrêtées. Les gaz d’échappement s’élèvent doucement. Le silence est total. Puis j’entends arriver le grondement qui monte du fond des entrailles de la terre sous nos pieds. (C’est peut-être un métro ?) Et nous voyons sortir du trou noir de l’abîme des centaines de soldats qui marchent en cadence. Ils sont de noir vêtus. Dans un ordre impeccable, ils se rangent en quartiers puis, à un commandement venus de quelque part, ils se mettent à crier. Tous ensemble, un seul cri, que je comprends très bien : « Mort aux juifs, mort aux nègres, peuple réveilles-toi ! »

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Je demande à l’amie si elle en est d’accord. Ce cri c’est l’Occident qui le criait pourtant ? Oui, c’est vrai me dit-elle, mais c’était dans le temps. Aujourd’hui on nous impose à tous d’être frères ! Et c’est bien une valeur de l’Occident qu’il exporte dans le monde entier ? Et si cette valeur était toute relative ? Les peuples dominés ont aussi des valeurs. Pourquoi ne seraient-elles pas aussi valables que celles qu’impose notre télévision ?

Où as-tu vu que l’on nous imposait la fraternité ? Dans les délocalisations qui mettent chaque jour des centaines d’ouvriers au chômage ? Dans les hurlements des Américains qui refusent une (petite) sécurité sociale pour permettre aux indigents de se soigner ? Dans la bouche de Mme Parisot qui s’étonne que la précarité de la vie ne s’entende pas comme la précarité du contrat de travail? Dans l’expulsion inhumaine des migrants, l’éclatement des familles ? Non, le capitalisme ne change pas. Ce qu’il impose au reste du monde c’est l’extorsion la plus rapide du profit, le marché. Il ne se sert des valeurs universelles que pour avancer son  modèle de société inégal, injuste, gaspilleur, destructeur et parfois absurde. Mais ce n’est pas une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain, jeter les valeurs universelles avec le capitalisme !

Dans l’avenue, ils sont maintenant des milliers à se taper sur la gueule. Antisémites contre « peuple élu », révisionnistes, afrocentristes, nationalistes russes aux crânes rasés, curés en soutanes, commandos anti-avortement, intégristes de toutes obédiences, pédotouristes en Thaïlande, chinois occupants du Tibet, bandes armées de la loi du plus fort, racailles tribales de nos banlieues, tortionnaires, terroristes, à chacun sa vérité, à chacun ses valeurs privées, à chacun sa vision du monde…

Je demande à l’amie si elle en est d’accord.
Mais elle ne me répond pas et me raconte, les larmes aux yeux, les corps nus, suppliciés, dans les décombres d’Haïti. Je les ai vus moi aussi dans nos interminables journaux télévisés. Alors je pleure avec elle.  Et oui, décidément, et nos larmes en témoignent, il y a des valeurs universelles !

Contre le pouvoir de l’argent, contre l’injustice, contre l’exploitation, plutôt l’émeute que les meutes !

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Caillou, le 18 janvier 2010

PS: Valeurs universelles… c’est mon point de vue, mais il est plein de doutes, d’incertitudes, de méconnaissances et de respect pour le point de vue contraire. Si vous avez envie de le contester vous commentez…

Il faisait froid dehors et très chaud dans nos cœurs!

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Il est 8 heure moins le quart. Il fait froid. Sur le bords du canal, à Toulouse, devant la direction régionale de l’ERDF… nous ne serons certainement pas bien nombreux! C’est trop tôt… un jour de semaine… les salarié(e)s ne pourront pas venir… les parents d’élèves non plus car c’est l’heure d’amener les enfants à l’école…
Et puis, quand j’arrive sur les lieux, le rassemblement, dans le noir, n’est finalement pas si maigre! Et il grossit de minutes en minutes. Je reconnais toutes les tendances syndicales, politiques et associatives locales… De quoi s’agit il ?
De défendre un fonctionnaire de l’EDF qui va être sanctionné  pour avoir (peut-être, car il n’y a aucune preuve) remis l’électricité à un couple d’allocataires du RMI. Nous avons été prévenu par des courriels, comme celui-ci:

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Ve 15.01 7H45 ERDF-GRDF Toulouse. ROBIN des BOIS de l’énergie : Procédure disciplinaire contre Dominique LIOT à ERDF-GRDF Midi Pyrénées. Rassemblement, le Vendredi 15 Janvier au 22, bld de la Marquette à Toulouse (entre le Conseil Général et le jardin de Compans Caffarelli sur la gauche), pour celles et ceux qui peuvent se rendre disponibles. Le résultat ne fait pas grand doute. En Commission Secondaire la sanction votée par la direction a été unanime : 1 mois de mise à pieds et sur la convocation de Vendredi, c’est toujours 1 mois de mise à pieds. Motif essentiel de la sanction : l’opération Robin des Bois de rétablissement de l’électricité à un couple de RMIstes et leur petite fille de 2 ans. C’est tout le sens du service public qui est en cause, dans ce monde du libéralisme triomphant où la norme et les résultats financiers deviennent le seul objet digne d’intérêt aux yeux des responsables de ces services publics privatisés que sont GDF / Suez et EDF SA. Sanctionné uniquement pour avoir revendiqué cette action au nom de la CGT Energie Midi Pyrénées. Sanctionné pour avoir résisté et soutenu mes collègues comme Rodolphe de Toulouse et Nordine de Paris, toujours licenciés pour faits de grève. Sanctionné pour avoir participé au lancement et à l’animation d’une grève gagnante : arrêt du projet d’externalisation des activités Réseau Electrique et des suppressions de sites, maintien d’un groupe branchements et 129 emplois gagnés. Les témoignages de soutien ont été énormes : associations, syndicats, partis de gauche sans exception, élus de mairies au parlement européen en passant par le président du Conseil Général de la Haute Garonne… L’urgence, pas seulement en période hivernale, de maintenir l’alimentation électrique à ceux qui en ont le plus besoin, amène à proposer ce rassemblement à toutes les associations concernées par ce problème pour dire que oui, il faut interdire les coupures aux personnes démunies et faire évoluer pratiques et lois dans ce sens. Et que non, on n’acceptera pas la criminalisation des Résistants d’aujourd’hui. Tous les soutiens seront les bienvenus ! Merci de faire tourner l’info.

Les médias sont là. Dominique dit quelques mots. liot

On applaudit, puis Dominique s’en va vers les bureaux de la direction.

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Dans quelques jours nous saurons la sanction qu’il recevra. Mais quelle que soit cette sanction, mise à pied, ou pire licenciement, comme son collègue Rodolphe, n’aura rien à voir avec la sanction de l’Histoire.
Oui, je sais, c’est grandiloquent!
La sanction de l’Histoire pour les libéraux, les idéologues des privatisations (voleurs des biens publics), décideurs économiques… qui ordonnent, pour la rentabilité de leurs entreprises, de couper le chauffage et la lumière aux pauvres gens en plein hiver!

De voir que nous étions si nombreux ce matin si froid  m’a fait chaud au cœur.

D’autant que je voudrais rappeler que c’est ce même Dominique qui a, pendant le mouvement des chômeurs en 1997/98, avec « AC! », mobilisé un petit groupe de militant(e)s, joué les contradictions entre Mairie et Conseil régional, et obtenu, à force d’obstination, la gratuité des transports (métro, bus et train) pour les chômeurs de Haute-Garonne!

Alors chapeau! Et solidarité avec des chics types !

Caillou, le 16 janvier 2010

Résultat, le 21 janvier :
http://www.lematin.ch/flash-info/monde/toulouse-agent-edf-robin-bois-mis-pied-21-jours