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18 Avril 2021 : Hommage aux insurgé.e.s du Ghetto de Varsovie

Hommage aux insurgé.e.s du Ghetto de Varsovie
18 avril 2021, 14h, Place de l’hotel de ville, Paris

Lorsque les nazis entrent dans le ghetto de Varsovie le 19 Avril 1943, ils ne s’attendent pas a trouver 750 juifs et juives armé·es derrière des barricades, prêt·s à les combattre.
Enfermé·es et tassé·es entre des murs aveugles depuis novembre 1940, la population du Ghetto a déjà chuté de 450 000 à 70 000 personnes en moins de 3 ans, en raison des déportations quotidiennes vers le camp de mise à mort de Treblinka.
La date de l’attaque choisie par les nazis correspondait cyniquement avec le premier jour de Pessah (Pâques juive), célébration de la liberté par le souvenir de la sortie d’Égypte du peuple hébreu.
Les insurgé·es n’ont pas de doute sur ce qui les attend comme le montre l’écrit d’un combattant du ghetto : « Nous ne voulons pas sauver notre vie. Personne ne sortira vivant d’ici. Nous voulons sauver la dignité humaine ».
L’organisation juive de combat (OJC/ en polonais ZOB) – initiée par les mouvements de jeunesse présents dans le Ghetto dont les figures les plus connues étaient Mordehaï Anielewicz, Mira Fuchrer et Marek Edelman – planifie et organise l’insurrection du ghetto.
Ce combat inclut également l’installation de caches et d’abris, la fabrication des armes, des barricades, le stock des provisions et la cuisine, le soin des blessé·es, et la communication. C’est tout le ghetto de Varsovie qui s’est soulevé et a soutenu les 750 combattant·es. Malgré les conditions dramatiques de leur lutte, les milliers de personnes acculées se sont dressées et organisées contre les nazis. Ces femmes et ces hommes se sont aussi battu·e·s pour que leur mémoire nous parvienne et nous inspire. Leur rendre hommage est également un appel aux combats d’aujourd’hui face à la montée des droites extrêmes et des idées fascisantes, et plus particulièrement de l’antisémitisme.
Comme l’écrivait Mordehaï Anilewicz dans son dernier message du 23 avril 1943 : « Grâce à notre radio, nous avons entendu une merveilleuse émission relatant notre lutte. Le fait que l’on parle de nous hors du ghetto nous donne du courage. »
A toutes et à tous les insurgé·es du ghetto, nous rendrons hommage le 18 Avril 2021 à 14h.
A l’appel du Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR).

Un séminaire en ligne avec l’historienne Audrey Kichelewski sur le soulèvement du Ghetto de Varsovie et ses mémoires
19 avril 2021, 19h30
Ce séminaire, qui se déroulera sur ZOOM, est ouvert à tou.te.s !
Vous pouvez dès maintenant vous inscrire à cette adresse :
raar-ghetto-varsovie-2021@gmail.com

On peut voir, sur le site de l’INA, Anna Langfus témoigner sur ce premier jour de l’insurrection .
Ici:
C’est un extrait du journal télévisé de 1965.
Cela dure très peu, 3 min 52 s.
Pour moi, entendre cette voix amie, disparue depuis 1966, me touche au cœur.
Salut Anna et merci à l’INA.


Caillou,  le 17 avril 2021.

L’islamo-gauchisme ? Cela n’existe pas ?

Voici un texte trouvé sur un site toulousain dont je cache le nom.
Il se passe peut-être de commentaires ?
Mais il confirme que l’islamo-gauchisme existe
et qu’il est tout près de nous.

Charlie, voile, laïcité et racisme dans l’Education Nationale

l’Education Nationale occupe un rôle central et prépondérant dans la montée du racisme et du fascisme en France, il est temps de monter sur le toit des écoles, collèges et lycées pour le crier, haut et fort.
La première affirmation est tout simplement énorme ! Voyons voir sur quoi elle s’appuie.

En 2015, on a vu fleurir sur les trousses des profs des pins « je suis Charlie ». « Je suis », un journal raciste, mysogine, homophobe et transphobe.
Charlie, c’est tout cela ? C’est tellement con qu’il est inutile de commenter. Mais c’est donc une bonne choses de liquider les journalistes d’un journal raciste, misogyne, homophobe et transphobe.

Aujourd’hui, il y a un nouveau pins sur la trousse : « je suis Samuel Paty ». « Je suis », un prof raciste, qui a cru pertinent de montrer des caricatures islamophobes, en les présentant comme un modèle à suivre de la liberté d’expression, et a discriminé ses élèves en proposant à celleux qui seraient choqué.es de sortir de classe.
Un prof qui fait un cours sur la liberté d’expression et qui montre des dessins pour illustrer son cours est un prof raciste ? Autant dire qu’un bon prof est celui qui se tait, qui ne montre rien, qui n’encourage pas l’esprit critique des élèves… Un bon prof comme ceux de Daesh?

Verra-t-on bientôt des pins « je suis Fatiha-Agag Boudjahlat » ? « Je suis » une prof raciste, transphobe, qui appelle publiquement sur twitter les terroristes blancs d’extrême droite à « remettre le score à égalité » ?
Répondez lui directement, répondez à ses arguments contenus dans « Combattre le voilement » ou « Le grand détournement ». Ce sera plus instructif que vos insultes.

Ou bien des pins « je suis Didier Lemaire » ? « Je suis » un prof raciste, fasciste, adepte de la théorie du grand remplacement, qui déclare que « Nous ne sommes pas loin d’un scénario à l’algérienne et nous ne sommes plus dans un état de paix. Il nous faut des lois d’exception qui visent l’ennemi et ne s’appliquent qu’à l’ennemi. » ?
Vu comme ce texte a commencé on peut avoir des doutes sur vos références. Mais il est évident qu’il doit être immédiatement décapité!

Combien de profs ont dénoncé la loi raciste de 2004 sur les signes religieux à l’école ?
La création de la « Charte de la laïcité » en 2003 ?
L’instauration de « référents laïcité » dans les académies, véritables commissaires politiques de la République ?
La place de plus en plus importante faite à la « laïcité » dans les programmes ainsi que dans la formation en INSPE (ex-ESPE) ?
La délation raciste de mineur.es à la police par des collègues ? La répression policière et judiciaire qui s’en est suivie ?
Bien trop peu. Et pas assez fort.
Le ou les signataires de ce texte soutiennent les signes religieux à l’école et veulent combattre la laïcité.

Si l’Education Nationale a toujours été une institution raciste, on pouvait avoir l’impression que contrairement à la Police, ce racisme ne concernait que l’institution elle-même, sa direction et non pas les profs, sauf à la marge. On pouvait se baser par exemple sur les sondages de sorties des urnes, qui montrent toujours que le vote FN/RN est très minoritaire dans l’enseignement.
Mais il est aujourd’hui évident que le racisme n’est pas et n’a jamais été l’exclusivité du FN. On le voit très clairement, au grand jour, dans la quasi-totalité des partis politiques y compris à « gauche » (PS, EELV, PCF, LFI, LO…), et dans certains syndicats (FO et FSU concernant les profs).
Ce constat est le même pour le corps professoral. Le racisme dans l’Education Nationale, ce n’est pas seulement le/la prof tellement raciste que sa haine saute aux yeux de tou.tes, c’est aussi le/la prof qui se dit antiraciste, républicain.e mais pense que « le voile musulman est un objet de soumission de la femme ».
Donc tout le monde est raciste, même les antiracistes républicains et féministes. En négatif ce que dit ce texte c’est que les seuls qui ne soient pas racistes sont … les islamistes!

Si l’Education Nationale est quelque peu hermétique au racisme « à l’ancienne », elle est en revanche complètement poreuse au racisme « républicain », qui ne dit pas son nom. Plus que poreuse, c’est en fait une institution qui est aux avants postes de ce nouveau racisme pour qui la laïcité fait office à la fois d’épée et de bouclier.
Le nouveau racisme c’est la laïcité ? Ce texte parait sur un site qui se proclame « une optique de contestation de l’ordre établi« ? Donc propose d’en revenir à la main mise des curés d’avant 1905 ?

Qui a en effet fait du voile un objet de discussion central en France ? Ce sont des profs et des directeur.trices d’établissements scolaires, dès la fin des années 1980, notamment lors de « l’affaire de Creil ».
En septembre 1989, le principal d’un collège avait exclu trois élèves musulmanes au motif que « le voile est une marque religieuse incompatible avec le bon fonctionnement d’un établissement scolaire ». Il en avait profité pour stigmatiser les élèves juif.ves en dénonçant « une vingtaine de jeunes israélites [qui] ne viennent pas le samedi matin, ni le vendredi soir pendant l’hiver ». Tout ça avec le soutien des profs de son établissement. Cet évènement aura créé une tempête médiatique qui aurait pu s’achever avec un arrêt du Conseil d’Etat rendu en novembre 1989 disant clairement que « le port du voile islamique, en tant qu’expression religieuse, dans un établissement scolaire public, est compatible avec la laïcité ».

Mais c’était sans compter sur l’acharnement des professeurs et directeur.trices d’établissements scolaires, qui ont été très nombreux.ses à continuer de discriminer les élèves musulmanes, à vouloir absolument les dévoiler, quitte à aller à l’encontre d’un arrêt de la plus haute juridiction administrative de France. Quelques exemples :

  1. En 1990, trois élèves sont exclues du collège Pasteur de Noyon. Les enseignant.es d’un collège de Nantua se mettent en grève contre le port du voile à l’école.
  2. En octobre 1994, à Mantes la Jolie, manifestation des élèves du lycée Saint-Exupéry en faveur de la liberté de porter le voile en classe.
  3. Un mois plus tard, 24 élèves voilées sont expulsées de ce lycée et du lycée Faidherbe à Lille.

Entre 1993 et 2003, c’est une centaine d’élèves musulmanes qui seront exclues de collèges ou lycées publics pour port de voile « islamique ».
C’est aussi dans ce laps de temps qu’a eu lieu l’attaque du World Trade Center le 11 septembre 2001 par Al-Quaeda, faisant beaucoup pour la libération et la légitimation des discours racistes dans l’espace public, y compris dans les écoles.
Tout un historique pour montrer le total soutien du ou des signataires aux musulmanes qui se voilent. Pas un mot sur le contexte qui les amènent à se voiler, sur les pressions sociales, sur l’emprise des islamistes dans les quartiers. Et tant qu’à se situer dans l’Histoire pas un mot sur les massacres des années noires en Algérie, quand l’armée et les islamistes rivalisaient dans l’horreur et quand les pays civilisées comme la France fermaient les yeux et refusaient les visas aux victimes.

L’aboutissement de cette séquence -initiée par des profs et personnels de l’Education Nationale-, c’est la décision de Jacques Chirac (le même qui quelques années plus tôt se plaignait du « bruit et de l’odeur » des personnes noires et arabes) de créer une loi interdisant tout signe de port religieux à l’école, décision matérialisée par l’adoption de la loi n° 2004-228 du 15 mars 2004 sur les signes religieux à l’école. Loi qui permettra à l’Education Nationale d’exclure légalement des centaines d’élèves musulmanes de ses collèges et lycées.

Là où le FN/RN a échoué, le Printemps républicain a réussi et s’est répandu dans l’Education Nationale comme une gangrène.
Au grand jour, avec la nomination de personnes proches de ce parti ou y appartenant à des postes clés, comme recteur.trice,ou encore au conseil des « sages » de la laïcité, créé par le ministre, Blanquer, un partisan d’une ligne ultra-raciste d’interdiction du voile dans tout l’espace public. On y retrouve par exemple Laurent Bouvet, co-fondateur du printemps républicain. Ce parti infiltre aussi la formation des enseignant.es en INSPE (ex-ESPE). Par exemple, Frédérique de la Morena, membre du conseil des sages, autrice de livres racistes comme « Laïcité, une question de frontières », et conférencière au Grand Orient de France aux côtés notamment d’Aurore Bergé, est formatrice à l’antenne de Montauban de l’INSPE de Toulouse.
Mais aussi, plus discrètement et insinieusement, avec la reprise des éléments de langage du Printemps républicain, par une partie du corps professoral, par des personnes qui n’osent pas être associées à ce parti mais en partagent les idées.
Et nous voila pris en tenaille entre l’extrême droite, qui se sert de la laïcité comme d’un cache sexe pour son racisme réel et ancien, et les islamistes qui veulent partout créer les conditions d’un affrontement entre les bons musulmans ou prétendus tels et les méchants racistes blancs. 

Et que se passe-t-il pour celleux qui ont le courage de dénoncer tout ce racisme ? Celleux qui le font individuellement sont au mieux ignoré.es, au pire se font sanctionner, ostraciser par la hiérarchie, celleux qui le font collectivement (comme Sud Education 93) servent d’exemple à des députés racistes pour justifier la dissolution de syndicats professionnels. Bientôt, les profs qui oseront parler de racisme d’Etat, de racisme systémique seront santionné.es par leur hiérarchie mais aussi par la justice pénale.
Pauvres victimes, ces islamos-gauchistes qui voient le racisme partout pour mieux se taire sur les attentats aveugles des islamistes, nouveaux fascistes.

Et pour les profs racistes ? Des ronds de serviette dans plus ou moins tous les grands médias, un soutien sans faille de toute la hiérarchie, du DASEN jusqu’au ministère, avec protection fonctionnelle, voire même protection policière pour les plus racistes.

Aux profs qui restent sur la touche, ne soyez plus complices du pire par silence et/ou inaction, faites vous entendre, et luttez contre la gangrène raciste, par tous les moyens.
Aux profs qui se voient comme des grains de sable dans la machine : un grain de sable ça abîme les engrenages tout doucement, mais un sabot ça bloque l’engrenage et ça casse la machine. Soyez des sabots. Sabotez.
Et applaudissez aux meurtres de Charlie, aux bombes de 2015, aux camions dans la foule, aux décapitations ! Ce sont là des sabotages contre le racisme généralisé !
Juste une précision: Dans islamo-gauchisme il y a « gauchisme » et il n’y pas une once de dénonciation du capitalisme dans ce texte. Il n’est donc pas islamo-gauchiste mais juste islamo tout court …

Caillou, le 20 février 2021

 

Algérie: condamné à 10 ans de prison pour un vieux Coran déchiré

Yacine Mebarki, un militant berbère de 52 ans, arrêté le 30 septembre 2020 après une perquisition à son domicile, a été condamné le  8 octobre à dix ans de prison ferme pour «incitation à l’athéisme» et «offense à l’islam».

La police y aurait trouvé, parmi de vieux livres traitant de religion et d’histoire, un ancien exemplaire du Coran, appartenant à son grand-père, avec une page déchirée, ce qui est considéré comme une grave atteinte à l’islam. Après «examen» du vieux livre saint, les policiers ont découvert une page déchirée. «Pour eux, c’est une atteinte aux préceptes de l’islam et non un vieux livre qui s’est détérioré avec le temps», notent plusieurs médias algériens.
Participant au «Hirak», le mouvement de protestation contre le pouvoir en Algérie, Yacine Mebarki écope en plus d’une peine pécuniaire de plus de 70’000 francs suisses selon la sentence  prononcée par un tribunal de Khenchela, ville des Aurès, à 470 km à l’est d’Alger.
Peine «moyenâgeuse»
Sur les réseaux sociaux, cette condamnation, qui s’inscrit dans une vague de répression visant des militants du «Hirak», des opposants politiques, des journalistes et des blogueurs, est qualifiée de «moyenâgeuse».
L’opposant est puni pour «dénigrement du dogme ou des préceptes de l’islam». L’athéisme est sévèrement condamné dans le monde musulman, alors que le pays est censé respecter  les garanties contenues dans le droit national, notamment la Constitution, et les conventions internationales ratifiées par l’Algérie, en matière du respect des libertés de conscience et d’opinion, rappelle la Ligue algérienne pour la défense droits de l’homme (LADDH).  (cath.ch/ag/be)

Caillou, 10 février 2021

Algérie : Libérez les prisonnières d’opinion

Je ne sais pas si vous avez lu ce message que nous avons envoyé récemment.

Cette campagne a des milliers de partisans – mais nous pourrions nous montrer beaucoup plus forts si davantage d’entre vous expédiez des messages en solidarité avec ces travailleurs.

Si vous avez déjà participé à la campagne, merci, si ce n’est pas encore le cas, lisez la suite…

Les femmes du Syndicat National Autonome des Personels de l’Administration Publique en Algérie, Femmes SNAPAP, demandent la libération immédiate de Dalila Touat et Namia Abdelkader, toutes deux enseignantes et toutes deux prisonnières d’opinion.
Depuis les manifestations de masse dénonçant la corruption omniprésente en Algérie – également appelée Mouvement Hirak – et les manifestations qui ont suivi l’élection présidentielle de décembre, la répression s’est intensifiée, n’épargnant personne, et notamment les syndicalistes.
Dalila Touat, 45 ans, professeure de physique au lycée de Mostaganem, dont le syndicat est membre du SNAPAP, a été condamnée le 3 janvier à 18 mois de prison pour son opposition à l’élection présidentielle obligée. Elle est accusée de « publications portant atteinte à l’ordre public ».
Une autre femme, Namia Abdelkader, est incarcérée depuis le 2 décembre 2020. Elle est détenue pour avoir pris la parole, affronté l’injustice et combattu les généraux corrompus au pouvoir.
Dalila est en grève de la faim depuis sa condamnation et sa vie est maintenant en danger.
Nassira Ghozlane, secrétaire générale du SNAPAP, écrit :
« Agissons rapidement, agissons ensemble pour sauver les prisonnières d’opinion. Agissons contre la poursuite des femmes militantes. La persécution judiciaire et policière doit cesser aujourd’hui et non demain. Ce n’est pas impossible si nous agissons maintenant de manière solidaire et unitaire. »
L’Internationale des Services Publics a lancé une nouvelle campagne en ligne sur LabourStart en solidarité avec SNAPAP et les deux femmes emprisonnées. La campagne exige la libération inconditionnelle de toutes les personnes arrêtées pour avoir tenté d’exercer leurs droits syndicaux et civiques et de garantir leur sécurité.
Prenez quelques secondes pour montrer votre soutien en cliquant ce lien

https://www.labourstartcampaigns.net/show_campaign.cgi?c=4721&src=mm

Et n’hésitez pas à transférer ce message avec vos amis, votre famille et vos collègues membres du syndicat.
Je vous en remercie !

Caillou, 21 février 2021

Article à lire sur courrier International:

Ni Dieu ni Maître

Cette proclamation révolutionnaire des Anarchistes est universelle.
Elle s’adresse à toutes les religions, à tous les dieux, à tous les rabbins, les imams, les curés, les déistes de tout poils qui promettent le bonheur après la mort pour mieux supporter la souffrance présente. Elle crie sa révolte à tous les chefs, à tous les militaires, aux patrons et aux gouvernants, aux politiciens qui y aspirent et qui vivent tous sur le travail des autres. Cette proclamation est universelle.
Elle ne s’arrête pas à une frontière culturelle où ce qui insupportable ici serait toléré là-bas au nom d’un respect pour des traditions étrangères. Ce cri universel s’adresse à toutes et tous. Il est souvent repris y compris dans les pays où sévissent les dictatures déistes ou militaires.
La haine des femmes, la haine de l’autre (croyant d’un autre dieu ou mécréant), la séparation en communautés antagonistes au nom de ces croyances anciennes ce n’est pas négociable.
Un enseignant a été décapité à Conflans Saint-Honorine par un jeune de 18 ans, islamiste.
Il avait montré des dessins « blasphématoires » représentant Mahomet à des enfants de 4ème

.
L’islamisme est un totalitarisme, un courant politique fasciste, qui est le fait d’une poignée de musulmans dans le monde. Mais ce qui est apparent est minoritaire. Réactionnaire, au sens littéral, l’islam politique veut imposer une vision délirante, à la fois archaïque et ultra-moderne, à des millions de musulmans qui entrent dans la sécularisation. À bas bruit les femmes s’émancipent, font des études, refusent de plus en plus les mariages forcés avec les cousins, et ont moins d’enfants. Et les musulmans du monde entier sont les premières victimes de la terreur islamiste.
Ici, l’islamophobie, qui n’est qu’un racisme déguisé, se nourrit des attentats.
Les musulmans, ou présumés tels, pour beaucoup enfermés dans des ghettos sociaux, sont coincés entre la haine raciale et la terreur islamiste.
C’est une profonde erreur d’une partie de la gauche que de croire qu’en se taisant sur l’islamisme ils s’en font des alliés.
Être anarchiste c’est être solidaires des victimes, des excluEs, de celles et ceux qui sont dénoncés par les islamophobes. Mais c’est aussi  ne pas se taire sur l’Islam politique. Être anarchiste c’est vouloir pour tout le monde: Ni Dieu ni Maitre !

Caillou, le 18 octobre 2020

 

 

Liberté de la presse et enseignement de la liberté


Le 16 octobre à Conflans Sainte Honorine, Samuel Paty, un homme, un professeur en collège, a été mis à mort d’une façon effroyable pour avoir fait son métier, c’est à dire apprendre aux enfants ce que sont les libertés gagnées tout au long de luttes menées depuis des générations.
L’intolérance, la barbarie relayées sur les réseaux sociaux par quelques uns ont abouti à ce drame.
Coup de soleil qui depuis des années lutte pour une meilleure compréhension du Maghreb et de la France est particulièrement touché par ces échecs de la laïcité et se joint aux manifestations en souvenir de Samuel Paty et en soutien à un enseignement attaché à la liberté de croire et de ne pas croire, de penser, d’écrire, de dessiner.

15h Place du Capitole à Toulouse le dimanche 18 octobre 2020

Une mémoire perdue

Comment expliquer que l’histoire des Merlinettes soit si peu connue ?

Que d’efforts pour arriver à une commémoration discrète, à une inauguration… Et ce alors que les derniers témoins disparaissent.

J’ai trouvé dans le livre de Dominique Camusso et Marie Antoinette Arrio une belle explication que le parcours très particulier d’Eugénie Djendi illustre parfaitement. Avec l’autorisation des auteurs, je me permets de citer totalement les
4 pages suivantes.
En les remerciant

Caillou le 20 Juillet 202

inauguration du square Eugénie Djendi à Paris en 2015. Photo Geneviève Zamansky-Bonin.

Une mémoire perdue

Nous venons de parcourir la vie d’Eugénie Djendi. Une vie exceptionnelle au sens premier du terme. Il n’y a sans doute pas plus d’une vingtaine de femmes qui ont accompli les mêmes choses pour en définitive connaître le même sort. Mais, une fois sa famille disparue, le témoin n’a pas été transmis pour que se poursuive le parcours de mémoire. Cela tient à ce que la personne d’Eugénie Djendi avec ses actes et ses engagements n’est pas entrée en résonance avec les catégories mémorielles qui ont émergé après guerre.
Les premières catégories auxquelles on peut penser sont des catégories renvoyant à ses origines. Célébrer une Corse héroïque du fait de sa famille maternelle ? Difficile à imaginer d’autant plus qu’elle n’a pas dû séjourner dans l’île au-delà de périodes de congés. Sa grand-mère s’est occupée discrètement du souvenir de sa petite-fille tant qu’elle a vécu, mais ensuite sa mère a liquidé tous ses biens en Corse. Une Arabe valeureuse ? Comme cela a été tenté en juillet 1958, mais on a préféré mobiliser la religion musulmane à laquelle elle n’appartenait pas. Une actuelle identité algérienne ne ferait guère de sens Pour une personne qui ne connut que l’Algérie colonisée. Le concept méditerranéen, s’il avait été en vigueur à l’époque, aurait pu être mobilisé pour faire ressortir son métissage. Mais à ce moment la mer était perçue comme une frontière qui sépare en renvoie l’autre à ses origines, plutôt que comme un point commun autour duquel on se rassemble. Là encore, les événements de juillet 1958 sont symptomatiques. Quand « la Dépêche de Constantine » parle de la communauté franco-musulmane, les autorités n’envisagent pas la population marchant ensemble, mélangée, sur un chemin allant dans une même direction, mais chacun sur son trottoir, Eugénie et sa famille paternelle étant renvoyée sur le trottoir «musulman».
Si Eugénie Djendi n’a pas d’origines familiales suffisamment tranchées auxquelles la rattacher, son engagement au service de la nation pourrait la renvoyer à une mémoire militaire.
Malheureusement, son statut de personnel «féminin» de l’armée introduit immédiatement une ambiguïté voire une exclusion. Femme, elle n’a pas signé un engagement comme les hommes. Quand on lit les courriers du général Merlin pour défendre ses ouailles lors de la création du corps des AFAT on perçoit bien que les femmes restent des militaires d’un ordre subalterne. Et cette position tient beaucoup plus aux autorités responsables, y compris féminines, de ce nouveau corps de personnel, qu’aux officiers qui ont eu à commander des femmes. Cette prévention s’est certainement propagée dans certaines instances d’anciens combattants dont on pourrait pourtant penser qu’ils étaient sensibles à la mémoire et à la commémoration de leurs anciens. Aucune inscription du nom d’Eugénie Djendi n’a été faite sur un monument aux morts. Pourtant un projet avait été initié à Ucciani dans son village d’origine. Il semble que les groupes d’anciens combattants locaux n’aient, pour le moins, pas donné suite, laissant même le soin de l’entretien de la tombe où est apposée la plaque mémorielle au bon vouloir des voisins une fois la grand-mère décédée. Toutes les institutions militaires ne sont pas identiques. L’arme des Transmissions a fait un geste à usage interne en inscrivant son nom sur la plaque .de la caserne du Mont-Valérien. Mais seuls ceux qui y ont accès le savent et ils ne sont pas nombreux. En fait, parmi les organisations militaires seuls les Services Spéciaux ont fait. preuve de fidélité et de reconnaissance en inscrivant son nom sur le monument de Ramatuelle. On peut certainement voir en cela la volonté personnelle de Paul Paillole comme celle de Lucien Merlin qui n’a jamais manqué de rappeler le souvenir de ses quatre merlinettes dans tous ces textes et conférences tenues après guerre. Malheureusement, les services secrets ne sont pas les meilleurs vecteurs pour faire connaître au grand public des parcours individuels souvent atypiques.
Puisque la mémoire d’Eugénie Djendi n’arrive pas à trouver place dans les catégories précédentes peut-être la trouverait-elle mieux dans celles issues de la Résistance. Si l’on prend pour guide la structuration du « mythe de Résistance » que propose Gildea, il semble normal qu’elle ne s’insère pas mieux dans le récit gaulliste, national, militaire et masculin qui prédomine dès la sortie de la Guerre. « La résistance s ‘est mise en place dès le début de la guerre derrière le général de Gaulle à Londres, tandis qu’une poignée d’égarés collaboraient avec l’ennemi, une minorité de résistants actifs soutenue par la majorité des Français libéraient la France soutenus militairement par quelques étrangers ». Elle ne peut trouver sa place dans ce récit, elle n’appartient à aucune de ces catégories. En juin 1940, elle n’a que 17 ans et elle vit en Afrique du Nord. Elle ne croisera la route gaulliste que quand le général viendra à Alger. Mais à ce moment, ses engagements sont pris. La Résistance de l’intérieur qui libère son pays ne peut la concerner non plus à moins de donner au concept d’intérieur une dimension purement patriotique. Dans ce récit appartiendrait-elle à l’aide minoritaire venue de l’étranger ? Sûrement pas à la majorité passive e encore moins aux égarés. Non, elle n’est pas un personnage de ce récit. Elle ne l’est pas non plus de la geste communiste qui prend corps en opposition à la précédente lorsque le parti quitte les sphères du pouvoir.
Venant d’Algérie son souvenir collectif ne pouvait pas non plus résister aux fractures qu’occasionnera la Guerre d’Algérie et à la mise à mal du mythe résistant par le comportement d’ancien héros, de militaires en particulier. On se limitera, pour rester avec des noms que l’on a croisés, à penser au général Juin placé entre deux chaises et au général de Larminat qui préfère le suicide au choix entre les loyautés qui lui sera imposé.
A partir des années 80, la mémoire militaire nationale et masculine de la Résistance bascule vers celle du génocide des juifs et d’autres minorités et à la commémoration de leurs sauveteurs. Eugénie Djendi n’a aucune place à prendre dans cette partie de l’Histoire.
Le souvenir et l’entretien de la mémoire des déportés et des exactions dans les camps de concentration auraient aussi pu être une occasion pour que la figure d’Eugénie Djendi soit maintenue vivante. Il n’en a rien été ou si peu. Militaires dans un camp de déportées politiques Marie-Louise Cloarec, Eugénie Djendi, Pierrette Louin et Suzanne Mertzisen n’étaient, comme elles le pensaient d’ailleurs, pas à leur place. Au-delà du partage des souffrances et du martyr, leurs codétenues savaient-elles vraiment qui elles étaient et ce qui les avait conduites à Ravensbrück. Il est révélateur de noter à ce sujet qu’il n’est jamais fait référence à leur statut militaire, et encore moins d’agent du contre-espionnage. Elles sont les « quatre petites parachutistes » dans le texte de Germaine Tillion de 1946 et sont encore « les parachutistes » dans la revue « Voix et visages » de janvier 1986. Quarante ans plus tard, leur identité de déportées se résume à leur mode de transport pour venir en France.
Dans tous ces méandres, accaparements, récits et mythes, le souvenir d’Eugénie Djendi n’a pas trouvé sa place ni son chemin. Ceci d’autant plus qu’il n’y avait pas, ou peu, de famille qui connaisse suffisamment bien les faits pour s’en préoccuper. Si nous souhaitons que le souvenir d’Eugénie Djendi, son parcours, son engagement et son martyr restent présents dans les mémoires il ne faut pas compter sur son inscription dans une mémoire collective. La solitude inhérente à son engagement dans les services spéciaux nous oblige à nous souvenir d’elle uniquement comme la personne qu’elle fut dans sa singularité indépendamment des identités multiples et successives qui la constituent, mais ne la résument pas

 

La vie brisée d’une Merlinette

Un livre, qui vient d’être publié, retrace la vie d’une de ces volontaires féminines des transmissions, les Merlinettes, dont ce blog a longtemps recherché les traces.
L’histoire de la Seconde Guerre mondiale évoque très peu les femmes.
Ma mère, Madeleine, s’était engagée à Alger en 1943
pour libérer la France et contre le nazisme.  Elle en est revenue, vivante.
Mais c’est avec beaucoup d’émotion que je découvre ce livre
qui évoque une Merlinette massacrée à Ravensbrück.
Merci aux auteurs.
Caillou, le 13 juin 2020

ISBN: 978-2-343-19952-8

 

Ce livre est le récit d’un destin singulier et d’un engagement particulier dans la Seconde Guerre mondiale et la Résistance.
Eugénie Djendi est née à Bône (Algérie) en 1923. Engagée parmi les premières dans le Corps Féminin des Transmissions à Alger en janvier 1943, elle participe à la Campagne de Tunisie.
Repérée par les Services de la Sécurité Militaire, ils la recrutent en septembre 1943 comme agent du contre-espionnage au sein du réseau des « Travaux Ruraux ». Transférée en Angleterre après avoir été formée en Algérie, elle est parachutée en France en avril 1944. Son opération de parachutage ayant été trahie, elle est immédiatement arrêtée par les Allemands. Déportée vers Ravensbrück le 11 août 1944, elle y est assassinée d’une balle dans la nuque le 18 janvier 1945.
Elle n’avait pas 22 ans.

Un destin singulier qui n’a pas, ou si peu, laissé de traces. Un bel exemple de ces parcours discrets pourtant au cœur de l’Histoire.

Dominique CAMUSSO est titulaire d’un DEA de sciences humaines. Il se consacre actuellement  à la rédaction de parcours biographiques au cours des conflits du XXe siècle.
Marie-Antoinette ARRIO, titulaire d’une maîtrise d’histoire moderne. Elle cherche à conserver  vivante la mémoire  des combattants corses de la Seconde Guerre mondiale.

Matthieu

Demain 11 mai c’est le jour du déconfinement.
et la fin du défi d’un texte par jour démarré le 16 avril 2020 .
Merci à toutes et tous pour vos contraintes de 6 mots,
pour vos encouragements et vos commentaires
et merci en particulier à Maryse et Annick.

Matthieu se présenta au juge cette année-la
pour réclamer justice contre un bonimenteur
Ce Jean avait vendu un shampoing protecteur
Censé lui redonner les cheveux de Shiva.

Le juge mâchonna ce nom en zozotant
(il avait le pauvre homme un cheveu sur la langue)
Je vois que vous avez la tête d’une mangue
Ce Jean est un menteur. Arrachons-lui les dents.

Matthieu le remercia.

Ce texte est écrit avec une contrainte de 6 mots, donnés par Annick
Année, juge, nom, remercier, Matthieu, mâchonner.

Caillou le 10 mai 2020

Et le texte d’Annick

Année Matthieu

Ah monsieur le juge, je ne vous parle pas de tous les noms d’oiseaux que l’on m’a donnés, de toutes les railleries, moqueries que j’ai dû subir toutes ces années.  Vous voyez, Monsieur le Juge, comme je suis embêtée pour vous expliquer l’inconfort que m’a procuré ce prénom ridicule. ANNEE ! ANNEE ! Quelle idée est  passée par la tête de mes parents pour me prénommer ainsi ? Je vous le demande, monsieur le juge. On m’a appelé bissextile, sextile, et je ne vous parle pas des jeux de mots. Je ne suis pas prude mais tout de même.  Et puis Mois, Semaine, Jours enfin toute l’année déclinée rien que pour moi. Et puis, monsieur le juge, mon nom de famille, celui là m’a bien pesé aussi.

MATTHIEU. Matthieu alors là, j’ai eu droit à Y’a qu’un ch’veux sur la tête à Matthieu, Y’a qu’une dent, Y’a qu’une dent, heureusement, à l’époque, monsieur le juge, ma dentition était complète, bien sûr maintenant c’est autre chose et je suis obligée de mâchonner tout ce que je mange. Je peux vous dire que la soupe j’en ai par dessus la tête. Un enfer. Martyrisée que j’étais par mes camarades. En plus comme mon père était douanier, les petits pics fusaient continuellement (les grandes montagnes ne tardaient pas). Ste Martyr, ne vois tu rien venir ?

(Le juge intervient) Madame, vous allez avoir 90 ans, pensez-vous que cela va changer quelque chose à votre vie ?

(Année outrée) Mais monsieur le juge, on voit bien que ce n’est pas vous qui avez enduré toutes ces années ce prénom si mal porté ! Si je ne m’étais appelée qu’Année mais Année Matthieu, (elle s’exclame) le bouquet !. Combien de fois ai-je entendu Selon St Matthieu ceci Selon St Matthieu cela. Alors je vous le demande tout de go, faites quelque chose et vous en serez remercié. Voyez-vous monsieur le juge, vous l’aurez compris, j’ai un intérêt légitime à changer de prénom. J’ai décidé de reprendre des études mais l’idée d’être prénommée et nommée publiquement Année Matthieu me terrifie.

(Le juge intervient une 2eme fois) : et quel prénom avez-vous choisi ?

J’ai pensé que Clitorine pourrait m’aller mieux. Ca sonne bien Clitorine. Je me suis entraînée à m’appeler. Ma petite voisine, plus jeune que moi de quelques années, m’appelle maintenant comme ça. Elle me dit que ça me va bien. Et je la crois. Je me regarde devant la glace, je vois une autre femme. Un avenir s’ouvre à moi. Je ris, je chante et même l’épicier, qui a souvent la main lourde, rajoute quelques légumes à mon panier.

(Le juge légèrement cynique) : pensez-vous que ce prénom si féminin ne vous causera pas d’ennuis ?

Monsieur le juge, j’ai beaucoup réfléchi. Vous comprenez bien que 90 ans à porter le prénom d’Année, j’ai eu le temps d’y penser. Je n’ai pas fait ça à la légère. Et s’il vous plaît, j’ai commencé à m’inscrire à l’université. Il n’y a plus grand-chose à faire. C’est décidé, si vous ne me l’accordez pas je le changerai quand même.
 Le juge dans sa grande clémence, prend son marteau, frappe son bureau de trois coups et dit : « c’est accordé ».

Et un texte de Maryse

Panne sèche

Ces mots, tout droit tombés de ma bibliothèque ont tourné et retourné dans ma tête. Aucun n’a trouvé âme soeur pour raconter. Et tel le corbeau de La Fontaine, je me sens honteuse et confuse d’avoir séché cette épreuve finale. Mais rassurez vous, d’autres ont su les mettre en scène, alors je vous les livre.

« Le grand pêché du monde c’est le refus de l’invisible ». julien GREEN.
« Chaque vie se fait son destin ». Henri-Frédéric AMIEL
« J’aime un amour fondé sur un bon coffre-fort ». Le Joueur -JF REGNARD
« Les anges révoltés volent en rangs ». Henri PETIT

Aujourd’hui, le confinement a muselé mon imagination. Demain une fenêtre s’ouvre…. Espérons qu’elle ne restera pas entrebâillée, sinon autre solution « faire le mur ».

Avec les mots : invisible, destin, coffre, corbeau, ange, mur.

La visio-conférence

Je voudrais faire une remarque sur un phénomène curieux lié à l’utilisation des outils informatiques en période de confinement. Ceci est observable aussi bien dans la plupart des journaux télévisés de la période que dans nos expériences familiales et amicales de visio-conférences.

Dans la vie courante, lorsque nous nous parlons nous sommes face à face. Il y a bien évidemment des exceptions, chez le patron et les supérieurs – ils sont assis, je suis debout, chez les flics – je suis assis, ils sont debout, à l’hôpital je suis couché, l’infirmière, l’aide soignante et même parfois tout un aréopage de médecins et d’étudiants sont debout, mais tous ces cas particuliers renforcent d’autant la normalité égalitaire d’un habituel rapport de conversation. Nous sommes à peu près à la même hauteur et donc face à face. Il n’en est pas de même avec la visio-conférence. La caméra utilisée étant celle de l’ordinateur, nous voyons nos interlocuteurs du bas vers le haut, menton proéminent, front fuyant et vue, en arrière plan sur le plafond. Et si on se rappelle (oui je sais c‘est difficile), c’est comme cela qu’on voyait nos parents. Nous sommes petits et ils sont grands!

Dans la vie quotidienne, lorsque nous nous parlons nos regards se croisent. Nous sommes, comme beaucoup de mammifères, dans la reconnaissance constante du est-ce que j’existe pour toi comme tu es pour moi même? Ce jeu des regards est très important car il nous donne ou pas une place dans la vie de l’autre. Il y a là aussi des exceptions: derrière les guichets où l’autre regarde très souvent ailleurs, dans la rue où l’on ne regarde jamais un mendiant dans les yeux et surtout dans les transport en commun où tout regard croisé trop prolongé est considéré comme une impolitesse, une provocation ou une drague lourde. Mais ce ne sont là que des cas particuliers qui en disent long sur les rapports de domination. Et bien il me semble qu’il en de même sur nos bureaux d’ordinateurs où nos écrans de télévision. Les regards se croisent, certes, mais avec un décalage épouvantable. L’interlocuteur nous regarde mais nous ne le voyons pas nous regarder, la vision en est décalée. Ce regard fuyant ? C’est exactement comme cela que l’on nous ment! On ne nous regarde pas pendant qu’on nous affirme un croyez-moi ! péremptoire. Nous sommes petits et ils sont grands.

Enfin, le son des visio-conférences est très souvent haché, lointain, à la limite même du compréhensible. Contrairement au téléphone qui, de la bouche à l’oreille, nous met dans un rapport d’intimité, le son pourri d’hygiaphone électronique nous éloigne irrémédiablement des êtres qui nous parlent dans ces étranges lucarnes*. Serions-nous redevenus les bébés qui cherchent à comprendre les étranges sons des babillages qui se penchent sur eux? Serons-nous bientôt les vieillards sourds qui ne comprennent plus du tout ce qu’on leur dit et s’isolent alors dans le silence? Nous sommes petits et ils sont grands.

Peut-ête jucher l’ordinateur portable, ou du moins sa caméra, sur un escabeau ? Peut-être s’éloigner pour être en plan large et utiliser le téléphone pour s’entendre avant d’inviter ses amis à boire virtuellement l’apéro ? Je préfererais  revoir les gens que j’aime ou qui m’informent me parler face à face, le regard bien droit et d’une voix pure.

(* Citation empruntée au Canard enchaîné des années 60)

Ce texte est écrit avec une contrainte de 6 mots, donnés par… moi-même:
menton, plafond, bureau, lointain, escabeau, boire.
J’avoue d’ailleurs avoir triché puisque imposé ses mots
en fonction de ce que je voulais écrire.

Caillou le 9 mai 2020

 Et le texte de Maryse

Mots d’enfants

Le lieu : appartement avec balcon – quartier calme
Les protagonistes : Igor, le père prof (télé travaille)
Capucine, la mère infirmière
Lulu, le fils 10 ans
Sidonie, la fille 8 ans
Pilou, le chat.
La mère, déjà partie à l’hôpital après avoir embrassé les enfants.

9 H du matin: 
Les enfants sautent de leurs lits tels des diables sortant de leur boîte et se jettent sur le petit déjeuner que le père a préparé.
Le père –  » bonjour les enfants. Ce matin, j’ai une visio-conférence. Je vous demande de jouer gentiment dans votre chambre »
Les enfants –  » oui, papa ». Le confinement les avait rapprochés, ils étaient plus que jamais complices et créatifs. Ils inventaient des jeux, parfois bruyants, mais bon, le
principal était qu’ils ne se disputaient plus.

9H30 du matin :
 Igor part au bureau allumer l’ordinateur. Il avait changé le fond d’écran. Au premier plan, un balcon, au lointain la mer. Confiné, Il avait éprouvé le besoin de s’inventer un horizon. Parfois il restait quelques minutes devant en se grattant le menton, songeur.
Lulu et Sidonie regagnent leur chambre.
Igor rejoint les conférenciers.
Calme plat.

11 h du matin : Igor éteint l’ordinateur et gagne la chambre des enfants, il ouvre la porte et là ….. Il voit Lulu et Sidonie assis sur l’escabeau qu’il a oublié de ranger (la veille, il avait repeint la chambre). Ils contemplent leur œuvre. Sur les murs des dessins. Des mots : confinement, virus, chouette pas d’école, marre du télétravail, on s’amuse bien, câlin, bisous, vacances, papa, maman on vous aime, ennui, les copains nous manquent…..Seul le plafond vierge. Il ne dit mot, se retourne, referme la porte et part à la cuisine boire un coup pour désamorcer sa colère.
Tout doucement, Lulu et Sidonie le rejoignent et, lui tendant un pot de feutres « toi aussi papa tu peux écrire tes émotions ».

Et aussi celui d’Annick

7 rue Emile Zola

Elle est au 36ème dessous.  Ca fait 22 heures qu’elle n’a pas dormi. Les yeux au plafond, les pieds sur le bureau, le regard fixe, elle pense encore à cet immeuble grisâtre, abandonné depuis qu’on a détruit une grande partie de la cité.  A moitié assommée par le manque de sommeil, elle enfile son blouson, celui que sa mère a brodé d’oiseaux de couleurs et de fleurs. 

Marcher lui fera du bien et ses pas sans même s’en rendre compte la mène jusqu’au pied du bâtiment haut de quatre étages. Les quelques volets qui restent bringuebalent sous l’effet du vent violent qui vient de se lever. Elle est passée plusieurs fois devant, intriguée par le rebord de la fenêtre toujours fleurie, lointain, lointain souvenir de son enfance. 

Elle voudrait monter. Hésite et finalement se décide à pousser la porte d’entrée du hall de l’immeuble. Métal rouillé, vitrage renforcé par un treillis métallique défoncé. Quelque chose coince derrière, elle insiste et se rend compte qu’un escabeau aux marches vermoulues bloque le passage.  Elle parvient à entrer et  grimpe les marches, le pas lourd et le corps fatigué. Quelle porte ? Son sens de l’orientation lui a toujours fait défaut, elle ne sait s’il faut se diriger sur la gauche ou la droite dans le couloir étroit. La moquette marron, usée par les talons fait la grimace à maints endroits. Des lambeaux  rongés par les mites dégagent une odeur poussièreuse, légèrement âcre. Elle n’est plus très sûre de ce qu’elle veut.

Boire. Elle a soif. Ni épicerie, ni bar. Le silence et de l’herbe folle. Elle se souvient des jours heureux aux HLM lorsqu’avec ses sœurs, une boîte d’allumettes trouée dans la main , elle courait dans les friches autour pour capturer les sauterelles. Le dimanche, les enfants  partaient avec les mères se baigner au Poupenot, près du moulin sur la Brenne.

Le passé est loin. Les parents sont morts. Elle reste là un peu sonnée, étourdie par ce temps qui revient sans prévenir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce texte

 

ANNICK: DIMANCHE: Année, juge, nom, remercier, Mathieu, mâchonner

 

et Maryse, si tu veux pour Lundi matin