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Le 50° anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie censuré à Samatan, dans le Gers.

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Regardes bien ce gosse.
C’est un petit mendiant algérien, riant, aux bras maigres, aux pieds nus. Photographié (par mon père), en 1952, quelque part à Alger, dans cette Algérie coloniale où ce môme n’avait pas d’avenir car pas la bonne couleur de peau.
Un sous-homme dans son propre pays, un indigène…

Regardes ces gamines.
C’est joli, c’est couleur locale, avec leurs voiles et leurs hardes, et ces seaux d’eau qu’elles doivent charrier, toujours pieds nus. Elles sourient, mais pour combien de temps encore ?

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La guerre d’Algérie,
qui commence le 1er novembre 1954,
a été dégueulasse.

Il y a eu des atrocités de part et d’autre, les massacres de civils européens, la torture généralisée, les attentats aveugles du FLN, les crimes des Harkis, le napalm sur les villages, les assassinats entre FLN et MNA,  les meurtres gratuits de l’OAS, les enlèvements, les appelés français tombés dans les djebels, des jeunesses gâchées, l’exode des pieds noirs, le massacre des Harkis…
Le peuple algérien a eu entre 300 000 à 400 000 victimes (Guy Pervillé)
Les pertes françaises : 27 500 militaires tués et un millier de disparus.
Pour les civils français d’Algérie, le nombre est de 2 788 tués et 875 disparus jusqu’au cessez-le-feu du 19 mars 1962. Il faut y ajouter 2 273 disparus entre le cessez-le-feu ­ et le 31 décembre 1962, dont plus de la moitié sont officiellement décédés.

 La fin de cette guerre mérite d’être fêtée.

Algérie 50 ANS affichette web

Et maintenant lis leur prose à tous ces nostalgiques de l’Algérie française. Ils viennent d’obtenir des maires de Samatan et de Lombez, dans le Gers, l’interdiction d’une rencontre festive pour saluer le cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie. Elle était organisée par plusieurs associations. Ces courriers sont adressés à Alain Lopez, un des organisateurs:

Madame, Monsieur,
Je découvre avec consternation l’affiche concernant votre projet de « Fête du cinquantenaire de la fin de la guerre d’Algérie ». Pourriez-vous m’expliquer ce qu’il y a de « festif » à célébrer dans les drames qui ont jalonné l’année 1962 ?
Je me permets de vous rappeler, ou de vous apprendre, qu’après le 19 mars 1962 ce sont 100 à 150 000 Harkis, fidèles à la France, qui ont été massacrés dans des conditions épouvantables (avec leurs familles), plus de 10 000 Pieds-Noirs qui ont été égorgés ou enlevés, 530 soldats du contingent qui ont disparu. 1962, c’est aussi l’exode dramatique d’un million de Français
d’Algérie.
Pensez-vous que ces événements doivent donner lieu à des festivités avec en prime un couscous… histoire de faire couleur locale… et de tomber dans des clichés aussi péjoratifs que dégradants ? C’est d’une rare indécence.
La communauté rapatriée commémorera en 2012 ses morts et son douloureux exil. Pensez-vous que votre « fête », dans un département qui accueillit tant de vos compatriotes d’Algérie, ne sera pas vécue comme un outrage et une injure ?
L’obscure association 4ACG que vous accueillez a une vision bien particulière de cette douloureuse période. Je vous suggère la lecture de son site internet sur lequel elle fait par exemple l’apologie du « Manifeste des 121″… 121 intellectuels français qui appelaient à soutenir les combattants algériens… contre les soldats français ! Parmi ces intellectuels, un certain JP Sartre qui écrivait « abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer
en même temps un oppresseur et un opprimé », lançant ainsi un véritable appel au meurtre des Français d’Algérie.
Association 4ACG qui salue également le « courage » du réseau Janson ou « porteurs de valises »… ces Français qui procuraient des fonds à la rébellion algérienne, fonds qui servaient à acheter des armes… pour tuer des soldats et des civils français !
Tous ces drames méritent donc des festivités ? Qui plus est avec ceux qui honorent les assassins de leurs propres soldats et compatriotes ?
Je transmets votre initiative à l’ensemble des associations de rapatriés en vue d’un éventuel rassemblement de protestation.
J’alerte également la Mission Interministérielle aux Rapatriés.
J’envisage également se saisir la préfecture car votre initiative risque de provoquer une réaction indignée de la communauté rapatriée, avec les risques de trouble à l’ordre public que cela suppose.

Je ne donne pas le nom du signataire…

 Monsieur, J’accuse réception de votre courriel.
Permettez-moi de vous dire que votre prose humaniste de façade est totalement vide de sens. Vous ne répondez pas aux questions essentielles.
Estimez-vous que le cinquantenaire de 1962 doive donner lieu à une « fête » ? Que faites-vous des Harkis qui sont considérés par vos amis du FLN (je crois savoir que
vous vous rendez chaque année en République algérienne, l’une des dernières dictatures
de la planète) comme des traîtres ? Comment osez-vous inviter l’association 4ACG qui érige en héros les assassins de vos propres compatriotes ? Etc etc
Vous avez réussi un tour de force, celui d’apparaître aux yeux de la communauté rapatriée comme l’archétype du « falso ». La totalité des associations de PN se mobilise contre votre indécent projet. Nous saisissons également le préfet du Gers concernant les risques de troubles à l’ordre public que votre initiative suppose puisque les associations de rapatriés envisagent un grand rassemblement symbolique à Samatan le 25 février prochain pour protester contre votre méprisable projet. Concernant le maire de Samatan, et au regard de votre réputation dans le canton, nous n’avons guère d’inquiétudes. Les dizaines de milliers d’adhérents de nos associations connaissent aujourd’hui votre nom. Mais sans doute pas comme vous l’auriez souhaité… Monsieur, vous êtes peut-être Pied-Rouge ou Pied-Vert, mais certainement pas Pied-Noir ! Nous ne vous laisserons pas insulter impunément les Français d’Algérie.

Je ne donne pas le nom du signataire… C’est le même.

 

Alain Lopez relit les lettres d’insulte reçues ces derniers jours. « Ta place n’est pas sur terre mais en enfer », « pauvre type », « sous-merde », « collabo » ; « je te pisse à la raie », « félon », « traître », « lopette », « communiste », « illuminé »… 

La projection du film « El gusto » est maintenue
pour le 25 février à Samatan.

Nous y serons, j’espère, très nombreux.

Caillou, le 12 février 2012

Rue 89

La Dépêche

El Watan

Agora

Le 25 février

J’avais alerté il y a quelques jours sur une censure de la liberté d’expression, par la mairie de Samatan, qui interdisait  une salle municipale sous la pression et les menaces de trouble à l’ordre public d’une poignée de nostalgiques de l’Algérie française. Nous voulions y fêter le cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie. Heureusement le cinéma nous restait disponible pour projeter un film: El Gusto et avoir un débat grâce à l’association qui le gère.
Beaucoup de monde, une salle remplie, un film superbe, des témoignages émouvants, un débat riche sur la guerre d’Algérie et le travail de mémoire… Hier soir, à Samatan, nous avons donné une grande claque à la face de la haine et de l’intolérance.

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Caillou, le 26 février 2012

un galet dans les soutiens-gorge

Maman ? C’est quoi ce machin dans ton tiroir ?
Emilie se retourne en tenant le galet que j’ai toujours rangé entre mes culottes et mes soutiens-gorge.
Un souvenir d’escalade.
Elle est bien gentille ma fille mais des fois, sous prétexte de m’aider, elle m’emmerde ! Je ne lui demande pas de ranger mes vêtements. Je peux très bien le faire moi-même. Cela me fout de mauvaise humeur de la voir se mêler de mes affaires. Bon, c’est vrai que depuis la mort de mon mari et mon arthrose qui s’amplifie, j’ai bien besoin que l’on vienne me faire un peu de ménage à la maison, mais je préfère une jeune fille anonyme de l’association de quartier que ces intrusions indiscrètes.
Toi ? De l’escalade ?
Elle me regarde comme si je n’avais jamais été capable de grimper sur autre chose qu’un tabouret de cuisine.
Et pourquoi tu le ranges un galet dans tes sous-tifs ? Ce n’est pas sa place !
Elle me parle comme si j’étais une gamine. Elle me nanifie ! Si je ne dis rien, elle va jeter ma pierre, ou la ranger sur l’étagère, à côté des photos poussiéreuses.
Donnes-moi mon galet, laisses ce tiroir tranquille et viens t’asseoir ici.
Emilie hausse les épaules en bougonnant un peu, pour la forme. Je pense qu’elle se dit que je ne change pas en vieillissant, que je suis toujours aussi autoritaire et chiante. Mais je m’en fous ! Elle s’assoit sur le canapé, à côté de mon fauteuil. Je caresse un instant mon galet rond et blanc. Un silence s’installe. J’ai peur qu’elle veuille le combler en allumant la télévision. Alors pour retenir un peu ce moment calme je lui propose :
Tu veux que je te raconte d’où vient cette pierre ?
Elle a déjà la main sur la télécommande. Elle la repose et me sourit.
Si tu veux.
Je prends mon élan.
C’était en 56, je crois, en tout cas en plein été, j’avais… 17 ans… On est parti en montagne avec la bande des copains de mon frère.  Vers le lac de Gaube, en dessous du Vignemale. Avec Virginie, on était 2 filles et 4 garçons : ton oncle Michel, son  copain Yves, de Saint-Gaudens, un autre, un jeune, un blond dont je ne me souviens plus le prénom et puis il y avait Jean, un type un peu plus âgé que nous, qui était déjà installé comme arpenteur, à Cauterets. Ces quatre-là avaient juré qu’ils ne se sépareraient jamais. La bande s’appelait « la quadrature ! » Et leur devise « Ni sécable ni resécable ! » Des conneries, quoi, des trucs de jeunes…  On est donc parti du parking très tôt, vers 6 h. Le jour se levait à peine. Et puis on a grimpé lentement, tranquillement, à notre rythme. Virginie était plutôt derrière avec Michel. Elle était déjà très amoureuse…
Emilie m’interrompt
Virginie, ma tante ?
Oui, par filiation, vu qu’ils se sont mariés l’année suivante, c’est ta tante. Mais ce jour-là, c’était juste ma copine de lycée !
Oui je sais bien. Nos enfants n’arrivent pas à croire qu’il y a eu un temps où nous n’étions pas que leurs parents, leurs familles, un temps où nous étions des jeunes gens liés par d’autres raisons que nos enfants courant dans tous les sens, les repas du dimanche, autour des tables de première communion ou de mariages, autour des tombes aussi, dans des cimetières, sous la pluie. Mais je m’égare…
Donc on arrive au refuge vers 9 heures. Nous voulions monter vers les couloirs de Gaube et du Clot de la Hout.
Après une pause et un copieux petit-déjeuner, nous sommes repartis. Cela grimpe beaucoup en montant vers les névés du Vignemale. Michel et Virginie étaient déjà loin derrière nous. Yves et son copain, le blond dont je ne rappelle plus le prénom grimpaient plus rapidement. Moi je marchais avec Jean. Nous ne parlions pas, économisant notre souffle. Et puis voilà, c’est bête, mais le brouillard s’est levé très rapidement, en une demi-heure, en début d’après-midi. Et nous avons été séparés.
Je suis resté avec lui. D’un seul coup, il s’est mis à faire vraiment froid. Il appelait les autres mais dans tout ce blanc cotonneux, sa voix ne portait pas. Nous étions très inquiets. Pourtant au bord du chemin, nous aurions dû au moins être rejoints par mon frangin et mon amie… Mais personne ne venait… Nous guettions le moindre bruit, le moindre raclement de godasses sur les cailloux, mais rien.

Il s’est assis sur un gros rocher à côté de remblai. Moi j’avais froid. Je me suis assise derrière lui, mes jambes de part et d’autre, l’entourant. Il scrutait le brouillard, vers le chemin. Nous étions anxieux.
Alors j’ai cerclé son corps massif par la taille et je me suis réchauffée en me tenant serrée contre son dos. Il faisait l’innocent, prenant peut-être mon geste comme un signe de peur, de froid, ce qui n’était d’ailleurs pas faux, mais comme s’il ne sentait pas que j’en profitais aussi pour me serrer contre lui. Je le sentais frémir. Un peu comme un grand cheval. J’avais peur, lui aussi, mais pas simplement de nous être perdus dans la montagne et le brouillard. J’avais peur et envie de me perdre avec lui. Les pointes de mes seins frottaient contre la laine. J’avais chaud, j’avais froid, j’avais envie de lui… mais en même temps je craignais qu’il se retourne et m’embrasse ou me gronde, bref qu’il casse ce moment si fort avec des mots ou des gestes à lui, que je ne pourrais pas contrôler.
– Tu étais amoureuse ?
– Pas du tout ma fille ! Je ne le connaissais pas cet homme. C’était juste un instant, lié au brouillard à la montagne à ce corps rassurant, et puis aussi j’étais une très jeune fille… avec le désir de soulager les tensions érotiques qui me travaillaient ?
– Et il s’est retourné ?
– Non, mais il soufflait de plus en plus fort. Il avait compris… Il m’a pris les mains comme pour les réchauffer et il les caressait doucement Et puis très lentement j’ai posé mes mains, avec les siennes par-dessus, sur son engin, tu sais, son truc, enfin… son sexe… que je sentais bandé à fond à travers l’étoffe rugueuse de son jean. C’était animal, un truc que je n’aurais jamais pu faire avec un peu de raison…
– Et après ?
– Oh pas besoin de te faire un dessin ! Les choses se sont enclenchées… Sans se déshabiller, à cause du froid… Je l’ai bien arpenté, tu peux me croire, et quand on s’est rajustés le brouillard commençait à s’effilocher. Il était temps d’ailleurs car les autres étaient arrivés sur la cime et de ce point culminant ils auraient pu nous voir. Alors j’ai ramassé ce galet comme souvenir et je l’ai mis dans ma poche. Nous les avons rejoints, sans rien dire.
Elle est choquée. Je le sens bien. Ma fille ne peut pas croire que j’ai été cette une jeune fille…
– Et tu l’as revu ?
– Jamais. Enfin, si, de loin, à l’enterrement du quatrième, le jeune blond. Il avait été tué en Algérie. Son corps a été ramené à Cauterets. C’était en 60 ou 61. J’étais déjà mariée avec ton père…
– Et leur bande, la quadrature ? Ils n’étaient plus que trois ?
– Il y a des dissensions entre eux. C’est mon frère qui m’a raconté qu’ils se sont disputés, justement par rapport à la guerre d’Algérie. Ils l’ont tous faite, mais en sont revenus très différents. C’était cassé entre eux… Jean s’est marié. Il est monté à Paris… Et moi j’ai gardé ce galet dans mes sous-vêtements.
– Toute ta vie ?
– Et oui ma chérie. C’était un beau souvenir.

Caillou, 13 janvier 2012

Avec les 10 mots de M.C : escalade; rythme; soulager; humeur; nanifier; quadrature; culminant; arpenteur; resécable et dissension.
Merci pour elle… J’en profite pour vous inviter à en m’envoyer aussi.

Le groupe UNIR 6° Ce que disait UNIR, 52 et 72

Dans le premier bulletin d’UNIR, le N°1, d’octobre 1952, l’éditorial:

« Ce bulletin s’adresse à ta raison, a ton libre arbitre (..). Est-ce trahir que de briser la conspiration du silence et de l’acceptation inconditionnelle en posant aux cadres du parti les questions qu’ils ne pensent peut-être pas à se poser? (..) Il t’appartient donc, devant ce premier numéro de notre bulletin, de déterminer une position vis-à-vis de ta conscience de militant révolutionnaire. Vas-tu, en dirigeant responsable, examiner les arguments produits et tenter, après les vérifications honnêtes, de les peser, de les réfuter même, pour mettre cette conscience de militant en paix et te prouver que nous avons tort de critiquer la ligne présente du bureau politique indiscuté ? Vas-tu au contraire, en permanent soumis, déchirer ce bulletin, sous le prétexte facile qu’il est fractionniste, sans même peser les remarques qu’il contient, tout comme si tu avais peur d’être entraîné, de trouver là des vérités auxquelles tu ni le courage ni la capacité de répondre? ».

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Le groupe UNIR 5° Auguste Havez, suite…

Prison de Blois web

 

Cette photographie a été prise à la prison de Blois pendant l’hiver 1943-1944,
avec un appareil entré clandestinement par un gardien.
Auguste Havez est au troisième rang, le troisième à partir de la gauche.

Je l’ai trouvée dans le livre de Lise London,
« la mégère de la rue Daguerre« .

C’est un excellent bouquin, qui fait suite à
« Le printemps des camarades« 

Ils sont parus en 1995 et 96 au Seuil – Mémoire

De gauche à droite: Premier rang: Louis Frébault, Marcel Paul, Henry Duvernois,
Deuxième rang: Émile Valley, Jean Lolive, Marcel Zelner. Troisième rang: Marius Defruit, Émile Pasquier, Auguste Havez, Gaston Garnier, Gérard (Arthur) London et Frédéric Ricol.
Émile Valley fut, après la guerre, le fondateur et secrétaire de l’amicale des anciens déportés de Mauthausen. Arthur London, (que mon père et tous ses camarades appelait Gérard) est l’auteur de l’Aveu et le mari de Lise. Fréderic Ricol est le frère de Lise London…

Caillou, le 30 décembre 2011

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Le groupe UNIR 4° Jean CHAINTRON

Un des témoignages les plus puissants sur le groupe UNIR se trouve dans le livre autobiographique de Jean Chaintron.

C’est long mais passionnant, n’imprimez pas…

Wikipédia: Jean Chaintron, né le 28 août 1906 à Lyon, mort le 7 janvier 1989 à Paris, est un homme politique français. Militant anti-colonialiste, résistant français, préfet après la Libération, il a été sénateur du département de la Seine sous la IVe République. Entré en dissidence avec son Parti, il a animé le groupe oppositionnel Unir pour le socialisme, adhéré un moment au Parti socialiste unifié et présidé après 1968 un éphémère nouveau Secours rouge.

Jean Chaintron. Extrait de son livre: Le vent soufflait devant ma porte

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Le groupe UNIR 2° Auguste Havez

Avant de continuer sur le groupe UNIR il faut aborder la vague d’exclusion des années 50. Marty, Tillon, Guigouin, Havez…

Mon père, qui avait été déporté au camp de concentration de Mauthausen, en Autriche, avait un copain. Il s’appelait Auguste Havez. Un breton, résistant, déporté, devenu épicier à Vitry. Après son éviction en 1950, au congrès de Gennevilliers, plus personne ne lui disait bonjour ou le saluait dans la rue. Les communistes qu’il avait côtoyés fraternellement pendant des années changeaient de trottoir. Il était condamné à cette opprobre générale, le coupant de ses amis, de tous ses camarades. Exclu en 57, Havez est mort, totalement oublié, dans les Pyrénées-Orientales.

Photo d'Auguste Havez
photo : http://images.google.com/hosted/life

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Le groupe UNIR 1°

« Camarades! Il y a parmi les camarades
des camarades qui ne sont pas des camarades ».

Je marche seul dans les ruines d’une forteresse abandonnée. Dans ses couloirs déserts j’ouvre un à un les portes des bureaux, j’allume des interrupteurs éclairants des pièces totalement vides. Aux murs d’anciens portraits d’hommes dont plus personne, maintenant, ne se souvient, même si leurs noms sont encore celui de beaucoup de nos rues, de nos avenues, dans nos banlieues. Le bruit de mes pas résonne. Ce doit être ce que l’on appelait le 44. Je crois bien qu’il doit y avoir encore, quelque part dans le fond du bâtiment, une poignée de militants qui rêvent de voir se repeupler l’immense immeuble vide. Mais je ne les cherche pas. Ils ne m’intéressent pas. La plupart sont trop jeunes et je suppose qu’ils ne voient que devant eux, l’année prochaine, les futures échéances… comme tous les militants. Ils ne sont pas du tout intéressés à ce qui s’est passé ici, il y a des années.
Moi je viens y retrouver des vérités effleurées au début des années 70, au moment même oû le PCF,  le Parti, commençait sa très longue agonie. Sans nostalgie aucune, mais avec le respect que je conserve pour ces années passionnées où la confiance en l’avenir permettait de supporter l’ignoble exploitation capitaliste.
Bon, c’est très mauvais ! Je recommence.

les couvs d'UNIR et de DEBAT

1971. Dans le tiroir d’une armoire j’avais une collection d’UNIR-DÉBAT. Nous déménagions pour aller vivre ensemble, à Asnières. Ma compagne, est tombée dessus. Elle était atterrée, comme si elle avait trouvé des exemplaires de journaux de fesses. Elle pleurait au milieu des cartons. Le peu qu’elle en avait lu lui avait appris que je lisais une revue anti-Parti. Et comme nous étions, elle et moi, totalement attaché au Parti Communiste, elle  ressentait devant ces quelques exemplaires un sentiment de trahison. J’ai jeté mes brochures…

Bon, ce n’est pas meilleur ! Je recommence.
Un groupe interne au Parti Communiste Français, totalement clandestin de 1952 à 1967, (un peu plus visible de 67 à 75), a tenu une revue où les secrets les mieux gardés de la direction stalinienne du PCF ont été révélés, mois après mois, sans que l’on ne sache vraiment, même aujourd’hui, qui en était le noyau fondateur.

Bon, c’est sec. Et en quoi est-ce intéressant ?
Maintenant que plus personne, ou presque, n’a idée de ce que représentait comme force le PCF dans les années cinquante et soixante, je me dis que tout le monde a oublié aussi les oppositionnels communistes, celles et ceux qui essayèrent vainement de s’opposer, en interne, à son ossification. Or il se trouve que j’ai connu, (par quel biais, je ne m’en souviens plus), une petite brochure qui à l’époque était distribuée, de façon clandestine, parmi ses militants. Cette brochure s’appelait Unir-Débat. Près de 40 ans plus tard je me demande qui étaient ces gens ?

Bon, vas-y ! Cela va être long ?
En 1952, à la fin d’une réunion de la fédération de Paris du PCF, une poignée de cadres communistes qui n’admettent pas ce qui est en train de se passer avec l’exclusion de Marty et de Tillon, décident de dénoncer les pratiques abjectes de la direction de Thorez. Mais pour eux, et cela semble difficile à comprendre aujourd’hui, il ne peuvent  et ne veulent dévoiler ces magouilles dans la presse «bourgeoise». Pour ce que l‘on en sait, ce sont des vieux militants, certains sont des vétérans du Parti, depuis 1921, d’autres se sont connus dans les luttes de 1936, dans les brigades internationales en Espagne, beaucoup viennent de la résistance et de la déportation.
Dès la fin des années 40 la direction du PCF, Thorez ayant passé toute la guerre à l’abri en URSS, cherche à se débarrasser de cette génération communiste issue de la Résistance, car elle lui fait de l’ombre. Elle élimine, en quelques années, toutes les grandes figures de la Résistance communiste, contradictoirement avec un discours où le PCF se présente comme Le Parti des fusillés. Et ces exclusions se font de façon ignominieuse en les traitant de flics, de fascistes, d’hitlero-trotskyste, d’espions. Un exclu est un pestiféré qui perd en quelques jours tous ces amis, est rejeté de partout. Qui peut le comprendre aujourd’hui ?
Les procès de Moscou, les purges staliniennes, qui tuaient ou envoyaient au Goulag les soi-disant opposants et en premier lieu les communistes, qui n’y comprenaient rien, n’avaient, en France, que cette conclusion : le bannissement.

J’ai longtemps cherché une thèse qui parle du groupe UNIR.
François CHOUVEL. Des oppositionnels dans le PCF
Unir pour le socialisme (1952-1974).

Année universitaire 1984.

La plupart de mes informations viennent de cette thèse.

À suivre… Caillou, 18 décembre 2011

 

 

La calentita

La calentita au coin des yeux !
(pour les petites croûtes au coin des yeux)

À la mi-juillet. Dans un sous-bois. Dans les environs de Montpellier. Tout autour, dans les collines, où le maquis de broussailles grésille sous la chaleur de midi, les cigales stridulent. Un peu en contrebas le mouton du méchoui tourne lentement sur ses braises, géré par les hommes, aux fronts de sueur et qui rient en buvant l’anisette.

Nous sommes dans un pique-nique organisé par une association d’amitié franco maghrébine, surtout culturelle. Elle a la particularité de rassembler des amoureux de l’Afrique du Nord, qu’ils soient Arabes, Pieds-noirs, Berbères, Juifs ou anciens coopérants. C’est une longue histoire, marquée par la colonisation, le racisme, l’antisémitisme, la guerre, l’exode, l’exil et le mépris. C’est une histoire douloureuse aussi. Mais là, dans ce sous-bois de petits chênes, il ne s’agit plus de déchirures ou de repli sur sa propre communauté. Les participants viennent y chercher autre chose.

Si l’association prend en charge le mouton du méchoui, il est de tradition que chacun, et surtout chacune, prépare un plat pour la kémia, cet assortiment de petites choses que l’on mange avec l’apéritif, ou pour les hors d’oeuvre, pour ses grandes assiettes de salades aux mille parfums, pour les desserts aussi…

Les raconter un à un serait trop long et fastidieux. Mais c’est sur de longues tables à tréteaux que s’alignent, au fil des arrivées, les petits plats en grès remplis de moules, de sardines à l’escabèche, de petits poulpes dans leur encre, les coupelles d’olives, les tramousses (que les Français appellent lupins), les bols remplis de pistaches, les purées de pois chiches…

On en est aux discours. Il en faut bien. Et tous les invités, assis sur des pliants ou debout, les bras croisés, sont en cercle, tandis que la présidente de l’association remercie les gens qui nous ont offert l’accès à leur terrain, au-dessus de la maison blanche à terrasse que l’on devine entre les arbres. On a faim. La fumée du méchoui dont la graisse bouillotte en tombant sur les charbons ardents nous fait frissonner des papilles.

Et puis, les remerciements terminés, tout le monde se retourne et on se dirige vers les tables dressées. Au milieu des hors d’oeuvres, dans un grand plat en verre, il y a un flan, blanc et croustillant, qu’une dame âgée découpe en petites parts avec une pelle à tarte. Elle sert chaque assiette que les convives lui tendent. Un attroupement tourne autour d’elle, essentiellement féminin. Toutes les dames présentes se pressent autour de ce plat. Et elles se mettent à le commenter. C’est la calentita. À base de farine de pois chiches avec des oeufs, mis au four et parfumé au cumin, cette tranche odorante, arrosée d’un filet d’huile d’olive, semble très simple. Les gens la mangent avec du pain et de la harissa. Jusque-là, rien d’extraordinaire. Mais c’est dans les conversations que cette dégustation enchaîne que je découvre bien plus ce plat que dans mon assiette en carton. D’ailleurs il n’y en a déjà plus.

Tous les convives, autour de la table, racontent leurs rapports à la calentita. Ce plat, d’origine andalouse, était vendu dans les rues d’Oran, puis de toute l’Algérie, par de petits marchands arabes et les passants le dégustaient dans une tranche de pain. Une vielle dame, certainement d’origine pied-noir, se met à imiter le cri de ces marchands : « calentiiiiiiiiita » et tout le monde rit. Une autre, aux traits typiquement mauresques, n’est pas du tout d’accord sur la façon dont cette autre jeune femme, manifestement plus européenne prépare la calentita.

Les hommes eux ne disent rien sur la calentita mais… ils la mangent, arrosée d’un verre de blanc.

Qu’on l’appelle socca, farinata, calentita, qu’elle vienne de Nice ou de Gibraltar, qu’on la mange à Tanger ou à Bône… C’est toujours plus ou moins la même chose.

Aujourd’hui, dans ce sous-bois, autour de ce petit plat sans importance, c’est toute la culture méditerranéenne qui se raconte et se transmet. Tout à l’heure, nous aurons d’autres sujets de discussion et de divorces. On fera des choses importantes en faisant la promotion des poètes algériens dont personne ou presque en France ne se soucie. On construira un monde plus fraternel, plus ouvert aux cultures des autres, mais, finalement, ce brassage culturel ce sera vraiment réalisé dans la dégustation commune d’un plat qui rappelle le pays de l’enfance, l’insouciance (certainement mythifiée), et l’unité perdue et pourtant culturellement toujours vivante des petits peuples du Maghreb.

Caillou, 16 décembre 2011

L’association c’est Coup de Soleil
La recette de la calentita

Les voies sur berges à Paris

Dans la nuit d’encre des quais de Seine
Les voitures traversent Paris
Roulant ensemble dans un même cri
Sur les bords de la rive ancienne

T’en souviens-tu mon camarade
De la colère de nos 20 ans
Quand Pompidou creusait dedans
Et de nos folles cavalcades

Nous courions contre les pelleteuses
Qui détruisaient les halles Baltard
Pour les quais ce serait trop tard ?
L’État avait des idées creuses

Puis, toi tu partis en Toscane
Dans une Jaguar sombre et bleue
Moi je fis ma vie en banlieue
Perdu de vue, la vie qui flâne

Puis Mitterand, sa pyramide
Sa bibliothèque en béton
Me firent oublier les bastons
Des voies sur berge si sordides

Mais ce soir, devant ces bagnoles
Qui foncent comme des énergumènes
Je souris doux comme une fontaine
Le futur sera sans pétrole

Les berges redeviendront tranquilles
Et nous irons nous promener
Je t’aurais enfin retrouvé
Paris est une superbe ville.

Caillou, 7 décembre 2011

 

 

L’association de défense du Site de Notre-Dame de Paris :
http://www.site-notre-dame.fr/voie-express-rive-gauche.htm

Sur les voies sur berges :
L’automobile à la conquête de Paris: chroniques illustrées. Par Mathieu Flonneau

Sur la destruction des Halles de Paris :
http://www.archyves.net/html/Blog/?p=1976

Des photos de la destruction des Halles de Paris:
http://robertgiraud.blog.lemonde.fr/2010/07/24/lhomme-qui-a-photographie-la-destruction-des-halles/

Merci à Christiane pour ses six mots…